Pauvre Stade Rennais

Le 08/11/2017


Le Stade Rennais reste une énigme du football français. Pas un titre majeur en senior en 46 ans, ce porte-parole du football breton s'est encore coupé de ses racines avec la démission du duo René Ruello/Christian Gourcuff par la nomination de Olivier Létang et du futur entraîneur, probablement Christophe Galthié. La mise en retrait de Christian Gourcuff par son incompatibilité de vue et d'humeur avec le nouvel homme fort du club, Olivier Létang, n'est pas une surprise pour quelqu'un qui a toujours refusé la compromission en désaccord avec ses idées. Le Breton est têtu et n'est pas prêt de courber l'échine devant un homme jugé parachuté à ses yeux. Ce club désarmant a tout pour draîner un maximum de sympathie autour de son projet: la capitale de la Bretagne, une histoire forte, un club avec une des meilleures formations de France, par ricochet d'Europe. Et pourtant, le résultat n'est jamais au rendez-vous à l'étage ultime professionnel. Comme si ce club avançait et marchait avec un corps coupé de sa tête. Sans direction, ni de vision sur le long terme, tout n'est que immédiateté, rebond et ratés constants. Cette parenthèse, annoncée pour la forme comme un nouveau cycle, n'y changera probablement rien à l'affaire. Même avec l'argent de la famille Pinault et l'amour sincère du père, François, pour cette institution bretonne, par ce virage à 180°, le Stade Rennais s'est encore coupé de son passé, comme un déni de mémoire par rapport à ce pourquoi le Stade Rennais a été profondémment aimé en Bretagne et a pu un temps se revendiquer comme le club roi de ce peuple de 3,5 millions d'habitants. Un titre aujourd'hui contesté justement par l'EA Guingamp pour sa partie Bretagne occidentale.

Christian Gourcuff n'a pas résisté à la passation de pouvoir à l'organigramme du Stade Rennais.

Des photos de liesse, des scènes de joie dans toute la Bretagne, une gare Montparnasse à Paris rouge et noire, le Stade Rennais n'a plus revu de tels souvenirs depuis 46 ans. Une éternité sur l'échelle du temps court du football moderne. Par ce pénalty frappé dans la terre de André Guy, à Colombes, dernière finale avant l'arrivée au Parc des Princes en 1972 (OM - Bastia), le Stade Rennais battait 1-0 l'Olympique Lyonnais. La recette de cette équipe fut une histoire d'hommes, un groupe de joueurs unis marqués par une forte présence de Bretons dans l'équipe, identitaire et symbolique d'une communion avec son public pour aller chercher ce surplus d'âme dans les moments importants. Louis Cardiet, natif de Quimperlé, René Cédolin, rennais d'adoption, Raymond Kéruzoré de Châteauneuf du Faou, Hervé Guermeur de Quimper, Loïc Kerbiriou de Brest, Robert Rico, le frère de Jocelyn de Concarneau ou encore l'entraîneur mythique, Jean Prouff de Peillac dans le Morbihan. Avec Chrisitian Gourcuff, ce fil d'Ariane coupé devenait enfin reconstitué. La filiation avec Jean Prouff et une identité régionale fut retrouvée. Christian Gourcuff, joueur au début des années 1970, n'avait pas hésité en désaccord avec la direction de l'époque à quitter le Stade Rennais, pour aller jouer à l'incroyable US Berné en D3 avec un des maîtres à penser, Jean Prouff. 

Ce sont les racines du Stade Rennais, celles qui ont nourri l'imaginaire populaire et l'amour sincère pour les couleurs rouges et noires. François Pinault avait 35 ans, lors de cette seconde victoire en coupe de France en 1971. A son rachat du club en 1998, il n'avait certainement rêvé 20 ans plus tard à une telle mascarade. Il avait racheté le Stade Rennais pour remettre une identité bretonne forte à l'intérieur du club, lui, le Costarmoricain, qui quitta le milieu scolaire à 16 ans, par dégoût de l'establishment et des diplômes. En nommant Olivier Létang, un profil de l'"establishment", avec un poste de responsable au Paris Saint-Germain, comme un certain Pierre Blayau avant lui, le Stade Rennais retombe dans ses travers en se coupant encore de ses supporters, en créant une fracture ouverte avec sa base. 

Pourquoi draguer ouvertement sur le sol breton dans sa formation des 14-19 ans pour s'appuyer aussi peu dessus en senior? Ce mystère est réel et incompréhensible. Tel un iceberg immergé, ce club marche décidément sur la tête. La génération 1986, avec les Romain Danzé, Yoann Gourcuff, Fabien Lemoine, Sylvain Marveaux, aurait été celle du retour à une simple logique club. Si elle avait été établi dans le temps, à l'image de l'Olympique Lyonnais, avec les Karim Benzema, Nabil Fékir, Maxime Gonalons, Samuel Umtiti (purs gones), le Stade Rennais aurait pu être cohérant avec son histoire et son passé. Christian Gourcuff, par sa deuxième nomination au club rouge et noire, aurait pu transmettre ce retour en flamme. Son dernier bon mois de compétition avec quatre victoires consécutives, et le soutien des joueurs n'a pas suffi. Le club a encore fait sa révolution de palais en décrochage avec son histoire, ses supporters et de la logique. Un éternel recommencement d'un disque rayé qu'on remet toujours quand il ne marche plus.

Christophe Marchand