Lionel Le Cras: " Jouer avec son fils en ligue, ce n'est pas donné à tous les pères"

Le 16/10/2017


1985/1986, la première licence en senior de Lionel Le Cras est paraphée à l'AS Scrignac. 31 ans plus tard, l'homme s'est assagi, pas le joueur, toujours rempli d'énergie pour porter les couleurs bleues et blanches en R3. L'ASS fait partie de sa vie, de sa construction tellement il en a été innervé dès son plus jeune âge avec un père, Louis, premier président de la refonte du club en 1974. Depuis une saison, il retire l'orgueil de jouer avec son fils, Alan Monfort Le Cras en équipe première. " Pour un père, jouer avec son fils en senior, ça n'a pas de prix. Je mesure la chance tous les week-end qu'il m'ait donné". A 48 ans, le poste a reculé sur le terrain, à force que les jambes ne tournaient plus autant. D'ailier droit, il rayonne maintenant dans l'axe de la défense. Si la vitesse a fait usage du temps, son instinct de buteur ne l'a pas quitté comme ce dernier but inscrit au Folgoët pour embellir la victoire de Scrignac en championnat R3, poule B. En vrai passionné de football, Lionel Le Cras n'a rien oublié de tous ces moments privilégiés avec le football amateur. Alors qu'à 48 ans, la logique voudrait qu'il réfléchisse année après année. Il se projette pas sur l'arrêt " Tant que je peux courir, je jouerai. Les jambes m'emmeneront là où je dois m'arrêter"

Lionel Le Cras, encore juvénile à 48 ans, au coeur de la défense de l'ASS.

L'AS Scrignac vaut le détour. Atypique, attachant, enthousiasmant, cette plus petite commune de Bretagne en ligue avec 834 habitants, avec un maire Georges Morvan, épris de football, dont ses parents donnaient beaucoup de temps au club. Sa mère en lavant au lavoir communal les maillots des quatre équipes seniors et son père en servant à la buvette. " Le club avait été crée en 1928, avant d'être repris par le père de Lionel, en 1974. 80% des joueurs ont des racines à Scrignac. On parle d'un esprit Scrignac avec une solidarité totale et entière entre ses membres".

Au poste de défenseur central, Lionel Le Cras est un exemple frappant de cette fidélité exemplaire à une commune. Pourtant, son parcours l'a amené à bouger, toujours dans la durée. Quatre à cinq saisons à Berrien, avant un passage à Rostrenen, entraîné par un tout jeune débutant au poste à l'époque, le Callacois, Pascal Razer. De DRH à DSR, avec un 7ème tour de la coupe de France éliminé à Charles Pinson par La Chapelle des Marais (1-3), après une victoire à Keristin au TGV de Denis Stéphan, Miguel Le Gall ou Jean-Pierre Bosser aux pénaltys. " Cette année, on fait l'année parfaite, un 7ème tour, une demi-finale de la coupe de Bretagne perdue face à l'US Concarneau de Gwendal Ollivier, Marc Salaun, David Le Goc  et une montée en DSR. Je jouais ailier droit. Pascal Razer? Un type droit, ça a de suite collé entre nous. Notre relation était basée sur la confiance et l'amitié".

De Rostrenen aux DC Carhaix, plusieurs joueurs ont emprunté l'axe dans les deux sens. Aussi, le cas pour Lionel Le Cras, des années extraordinaires humainement aussi avec un personnage à coeur, Franck Penvern, parti trop vite et plus qu'estimé par beaucoup. " On avait du mal au début à comprendre son exigence. Après, c'était du velours. Des entraînements d'une superbe qualité. Mon meilleur souvenir? La victoire contre l'US Concarneau au 4ème tour, 1-0. Ils n'avaient pas "pipé" mot. Le lendemain, on apprenait que leur entraîneur, Zivko Slipjecevic avait été écarté. La rencontre avec l'un des plus beaux joueurs de ma carrière, un vrai phénomène, Ronan Orjubin. Dans un bon jour, il gagnait les matchs à lui seul. Je me rappelle qu'on descend en DRH et il avait fini meilleur buteur du groupe"

A 35 ans, à la première licence vétéran, avec plusieurs collèges, il se laisse tenté par un retour à Berrien. Avec une montée à la clé dès la première année en PH et une victoire en coupe du district face à Saint-Martin des Champs B. Une pige ensuite à Châteauneuf du Faou de deux à trois ans avant de boucler la boucle à l'AS Scrignac à 41 ans. " Finir à Scrignac, je ne me suis jamais posé de questions. Qu'est ce qui a changé en 25 ans? Rien, l'esprit traverse les générations. Quand je vois Yoann Tanguy, je me vois encore jouer avec son père, Pascal, pareil pour Gaétan Le Goff avec Alain, Mickaël Bourven avec Thierry. Maintenant, je suis le seul de notre génération à poursuivre. Et je joue à mon tour avec mon fils, Alan, 23 ans. Je ne l'ai jamais forcé à venir à Scrignac. Par contre, quand il m'a dit qu'il quittait les DC Carhaix pour signer à Scrignac, ça m'a fait vachement chaud au coeur"

Remis de son opération d'orteil décalé (quatre mois), Lionel Le Cras fêtait son retour sur le terrain, ce dimanche au Folgoët. Un retour gagnant avec un but à la clé pour une victoire 0-3 à Notre Dame. Avec trois victoires en championnat, l'AS Scrignac pointe à la deuxième place du championnat, à un point du leader, Plouvorn B. " Chaque intersaison, nous avons très peu de départs. Cette année, nous avons deux départs pour deux arrivées. On fonctionne avec le système D. On est aujourd'hui à deux équipes seniors pour 40 licenciés. Il y'a 15 associations à Scrignac. En sport, trois, la gymnastique, le football et la chasse. On fait vivre la commune. Beaucoup de joueurs sont parents, ou vont le devenir. Ca fera des enfants à l'école primaire. On tient à préserver les 3 classes. Nous sommes très fier de notre commune. Même si nous n'habitons plus tous ici, on ne coupe jamais ses racines. Nous avons cultivé un esprit famille", conclut le président Nicolas Scouarnec, 31 ans.

Christophe Marchand