Le football d'en bas marque sa fracture avec le football d'en haut

Le 24/06/2018


Le football français fonctionne sur un mode pyramidal centralisateur, allant d'un point haut à un bas. Les directives de la fédération à Paris doivent s'appliquer dans les ligues et districts, donnant un faible pouvoir décisionnel au football local. Cette assemblée générale ordinaire du district du Finistère de Plonévez du Faou, ce samedi matin, en a été un parfait exemple mais elle apparait comme un élément indispensable pour prendre la bonne température de la santé de ce premier sport en France, avec 2 millions de licenciés. Fort d'une stabilité dans ses effectifs, avec 40.297 licenciés, détonnant avec une hausse de 39% des féminines sur deux ans, avec 2166 licenciées, le Finistère est une pièce forte de l'échiquier. " Tout commence en Finistère", marquait en coupure de son discours, le président du district 29, Alain Le Floch. L'inquiétude s'est portée sur une course effrenée à la vitesse, ces dernières années, avec la bascule fédérale, vers la FMI (feuille de match informatisée), la réforme senior des championnats, celle jeunes à venir, la dématérialisation des licences, l'émergence du futsal, les réseaux sociaux, la formation des éducateurs. " Je souhaite émettre un voeu, laisser le temps au temps d'agir", expliquait Alain Le Floch dans son discours inaugural.

Une assemblée de Plonévez du Faou, porté très suivie par les clubs du Finistère

Alain Le Floch, président du district du Finistère

Cette accélération nette se heurte à un contexte d'essoufflement, de lassitude et de vieillissement du bénévolat dans les clubs. Pourtant, la vitalité n'est pas feinte en Finistère avec le succès de la finale finistérienne Amicale Ergué-Gabéric - Bodilis Plougar (" Un modèle du genre", pour reprendre les termes de Alain Le Floch), la journée nationale des débutants à Carhaix, la musée de la FFF, les vingt sections sportives dans le Finistère, ou la journée des bénévoles. Ce dynanisme s'avère cependant fragile avec une perte sèche de 75 arbitres en un an et un rythme d'une réunion tous les deux jours de l'année civile pour traiter les différentes modalités pour le bureau du district. 

Passé ce temps d'alerte, le district du Finistère a vécu une douloureuse année, par le deuil de plusieurs personnes (Paul Bégot, Jean-Luc Person, Plonévez du Faou), Médéric Tanasie (Milizac), Hubert Calvez (Brélès)...., une mauvaise année dans ses finances par un déséquilibre glissant de 34.923 € sur un an. En cause, les deux sites, Brest et Quimper au fonctionnement lourd en coût. " L'avenir proche passera par un regroupement sur un site centré. L'appel à candidature est officiellement lancé", précise au cours de cette assemblée, Alain Le Floch. Rythmé par une intervention prolongée d'Olivier Cadic, le conseiller technique départemental, avec le grand changement à la rentrée prochaine de la réforme des championnats jeunes, insistant à plusieurs reprises, sur l'importance du football éducationnel et repère dans la formation d'un jeune, et un rapprochement avec le premier niveau scolaire en primaire, les voeux ont animé la fin de cette assemblée de Plonévez du Faou. 

Agitateur d'idées, Dominique Kervéant, dirigeant du FC Quimperlé, remplaçait le président de l'AS Baye, Mélaine Le Pennec, pour formuler le premier débat de l'assemblée. Celui d'un passage à un vote par club, et non à la proportionnelle, de rendre un système plus équitable à sa base, avec une égalité de traitement entre un club de 30 licenciés à un autre de 300 licenciés. " 30% des clubs finistériens ont autant de voix à la proportionnelle que 70% des clubs évoluant en district", reprend Dominique Kervéant. Cette rebellion des "petits" a eu vent de cause dans le vote à main levée. Au pupitre, André Toulemont, vice-président du district du Finistère, a expliqué que ce vote à la proportionnelle était une décision de la FFF, qui fait valoir à la Bretagne, 3 voix finales avec le passage au-dessus des 150.000 licenciées.

Ce voeu accepté d'un club, une voix, par le quorum de l'assemblée finistérienne, sera porté par Dominique Kervéant, à l'assemblée de la ligue de Bretagne, ce vendredi, à Locminé. La symbolique n'en était plus que parfaite avec une très faible chance que ce virage général n'aboutisse, dans le giron fédéral. La deuxième intervention à la tribune était encore plus édifiante de la profonde fracture entre le monde amateur et le monde professionnel, symbolisé par la toute puissante, LFP (ligue professionnelle de football). Luc Tréguer, le président de Guipavas Coataudon, portait l'inquiétude des clubs de la base sur le passage en 2020/2021, de 50% des matchs de ligue 1, le dimanche après-midi, un à 13h et quatre à 15h. " Nous craignons que ça ne porte le coup de grâce tout simplement à certains d'entre nous", avançait même le président de l'AL Coataudon. 

Le président de la ligue de Bretagne, Jean-Claude Hillion, coincé entre le marteau et l'enclume, dans un mode " Je voudrais bien mais je ne peux point", se reposait à plusieurs reprises dans son discours sous le bouclier du président de la FFF, le Costarmoricain, Noël Le Graët. " Nous avons à nous inquiéter sur ce glissement des matchs professionnels au dimanche, jour de match pour le football amateur mais nous n'avons aucun pouvoir face à la ligue professionnelle de football. On peut émettre des avis mais ça ne changera rien sur le fond. 4% de l'argent reçu sur les droits de retransmissions devrait être reversé au football amateur. Noël Le Graët a parlé de 80 millions d'euros pour le football amateur par an. Je comprends votre crainte mais je n'ai pas ce pouvoir d'agir. Nous avons émis à la ligue de Bretagne, un papier d'opposition mais nous n'avons pas eu de réponse de la LFP".

La Bretagne n'a pas bougé ses lignes avec le passage de 22 à 13 régions, marquant en atout sa stabilité par rapport à des ligues bien plus en difficulté. La coupe du monde U20 féminine (5 au 26 août) alimentera l'actualité du prochain été à Concarneau et trois autres sites bretons, Dinan Léhon, Saint-Malo et Vannes. Celle de 2019, féminine en senior, passera aussi par la Bretagne pour un grand évènement planétaire, appuyé par Noël Le Graët.

Christophe Marchand