Laurent Bezeau: les ingrédients d'un succès collectif

Le 07/10/2016


La victoire est l'élément le plus courtisé en match. Ce sacré graal de la récompense et de la réussite retient la clé de nos actions fournies pour arriver à cet état de plaisir et satisfaction. L'être humain est armé d'un égoïsme particulier (Qu'est ce que j'ai d'abord à y gagner?). Le sport collectif repose sur un assemblage d'égos (plus on s'approche du haut-niveau, plus il est élevé en général), qui doit déboucher sur un consensus du gagner ensemble. Ce jeudi soir, au pôle nautique de Concarneau, Laurent Bezeau, coach du Brest Bretagne Handball, et artisan du succès, est intervenu devant une centaine de personnes, avec brio face à des chefs d'entreprises et la section féminine du HB Sud 29, dont il est désormais le parrain de l'équipe senior. Le thème abordé se séparait en quatre étapes menant à une problématique sur les ingrédients du succès. La complexité de cette réflexion primaire aboutit à une simplicité dans la parole affutée de Laurent Bezeau. Sans écorchure, ni hésitation, avec une réponse particulière à la demande de chacun, il a captivé une audience déjà conquise à son arrivée. Dans ce parallèle, le HB Sud 29, par la mise en relation de l'agence sportive Play to B, est proche d'une des valeurs de la réussite durable: organiser ces rencontres dans le but de progresser et de mieux faire.

Laurent Bezeau au micro au côté de Jean-Pierre Igoulen, HB Sud 29.

Laurent Bezeau, parrain de l'équipe féminine senior du HB Sud 29

Laurent Bezeau, 48 ans, est remarquable dans son aptitude à revenir à ses racines. " J'aime à dire que je viens de nulle part" ou encore " Je ne sais pas si je suis légitime pour donner des leçons pour le HB Sud 29". Renvoyant ainsi à un Michel Montaigne, au XVIème siècle, qui en homme de grande culture, avait la modestie de faire écrire sur sa tombe en épitaphe " Que sais-je?". La précarité du métier d'entraîneur et la versatilité du regard des gens (selon le stade binaire victoire/défaite) sont un excellent rempart pour conserver une humilité intacte et une foi dans l'approfondissement de la connaissance. La remise en question est permanente chez Laurent Bezeau. Malgré des victoires et des titres de champion de France D1, des coupes de France et de la ligue, il est dans une recherche d'amélioration constante. " La première année quand nous revenons en D2 avec le Brest Bretagne Handball, saison 2014/2015, nous perdons notre deuxième match contre Besançon. On mène de cinq buts à la mi-temps et on s'écroule pour perdre de deux buts à la fin. J'ai pris une claque énorme et une remise en cause de mon métier. Malgré mes interventions et temps mort, les joueuses n'étaient pas capables d'une autonomie de situations. J'ai entamé un cycle de 2 ans, que je finis, à l'INSEP sur un diplôme d'accompagnement, d'autonomie, responsabilité et d'accaparement d'un projet sportif par les joueuses".

Cette capacité à ne jamais être arrivé est une constante du sport, plus qu'une vie dans une entreprise car la vérité ou la projection sera toujours sur le prochain match, au sortir d'une rencontre. La réussite durable est recherché par tous les coachs, peu importe le niveau, ni le cursus. " Le vivre-ensemble, jouer ensemble et le plaisir personnel sont indispensables. On est tous le centre du monde. Nos choix sont concentrés autour de notre nombril. Il faut réussir à mettre des bases communes pour un partage et une harmonie. Que le "je" du début de saison se transforme au service d'un "nous", à la fin de la saison (principe de l'alignement). L'équipe va au-delà du groupe. On cherche à arriver à un supplément d'âme qui nous fera gagner lors des matchs importants"

Ce degrès ultime de satisfaction et de recherche est une affaire d'étapes successive dans une saison. Laurent Bezeau en réunit quatre en 10 mois de saison. La rencontre du 25/07, premier jour d'entraînement et reprise, la journée positive de la libération de la parole (une table au milieu, des chaises en cercle pour l'obligation de se regarder), une phase de tension et de confrontation (une période clé), une de normalisation et du consensus trouvé entre les cadres de l'équipe, et une de performance sur la fin de saison. " J'ai longtemps été dans un management directif, à l'image de ma référence dans le handball, Daniel Costantini. Il fallait que je fasse pareil, surtout au départ quand j'ai entraîné des joueurs avec qui j'ai joué. Le masque du type autoritaire est tombé depuis quelques années. Je manage en fonction de qui je suis. Je tends désormais vers un management participatif avec un projet construit en commun avec les joueuses. Et à la fin, dans tous les cas, l'entraîneur décide"

Le constat d'une réussite à travers une expérience est que in fine, un entraîneur doit aimer ses joueurs ou joueuses car la mise en place d'un projet est essentiel mais qu'à la fin, ce sont les acteurs sur le terrain qui vont chercher sa réalisation. La forme de dépendance dans les sportifs est forcément grande pour les entraîneurs. La vigilence de leur émotions et le bien-être intérieur est hautement privilégié par Laurent Bezeau. " Je ne veux pas les mettre en danger. On gagne les matchs sur les points forts de l'équipe, pas sur les points faibles. Il faut connaître parfaitement les forces et faiblesses de chacun pour activer sur les leviers de l'égo et de la performance. La confiance est une clé de la réussite, tout comme l'estime de soi. Pour la renfoncer, je joue sur les points forts des joueuses, jamais je ne veux les mettre en danger sur des secteurs où elles peuvent exposer des points faibles. Je les protège car il y'a une part d'amour et d'estime dans ces choix arbitraires. On se doit d'aimer ses joueurs ou ses joueuses pour réussir".

La gestion des égos surdimensionnés pour les champions est une part importante de la pensée pour les entraîneurs. " Un sportif de haut-niveau est par essence un être extraordnaire, qui sort du commun. Il acccepte des sacrifices immenses et invraissemblables, très jeune, dans sa vie. On ne fait pas une performance de haut-niveau avec des moutons mais avec des loups. Les champions ont un trait commun, ils ne digèrent pas l'échec. Au plus haut-niveau, il faut des stars dans son équipe pour gagner. Celle qui fait gagner des titres mais lui rappeler que seule, elle n'est rien. Chacun a un intérêt particulier. En Tunisie, quand j'étais le sélectionneur national de l'équipe féminine, j'avais des filles qui s'entraînaient deux fois par jour sans manger. Jamais, je ne les ai entendues se plaindre. Il me semble que pour grandir dans la vie, il faut partir de chez soi et se mettre dans l'inconfort pour créer un enrichissement, travailler des compétences et une intelligence de l'adaptation".

A la fin, la réussite d'un projet partagé repose sur l'humain.

Cette vie de performance et un perfectionnisme exacerbé quotidien sont la règle quotidienne de la réflexion absolue d'un coach. " A la fin, la réussite d'un projet partagé repose sur l'humain. Le projet sportif n'est que la conséquence d'un économique et logistique en amont. Le plus important est de regarder devant la glace tous les matins qui tend à ne pas déroger à ses valeurs pour y arriver. A Brest, l'Arena nous a fait entrer dans une autre dimension avec un spectacle proposé devant 4.200 personnes. Gagner est l'objectif mais avec une manière de jeu pour satisfaire les spectateurs qui veulent passer un bon moment. Le sport rassemble des émotions intérieures peu ressenties dans un quotidien. Souvent, les chefs d'entreprises ont été d'anciens sportifs ou sportives. Ils recherchent par le biais du sport et leur investissement à revivre la même adrénaline dans un évènement sportif".

En invitant successivement Patrice Canayer l'entraîneur de Montpellier HB et Laurent Bezeau, l'entraîneur du Brest Bretagne Handball, le HB Sud 29 a réussi en un mois ce tour de force d'écouter deux personnalités humaines et respectueuses de leur racine de départ. En semant les graines de son développement, en veillant à les arroser par la suite, le HB Sud 29 se nourrit de ses paroles pour créer une harmonie commune sur leurs équipes. Daniel Costantini, à Trégunc, à l'automne 2013, avait eu cette phrase instinctive. " Je ne sais pas pourquoi j'ai accepté cette invitation. Des lettres comme ça, j'en reçois tellement mais la votre avait ce plus qui m'a fait comprendre que venir parmi vous était une évidence". Ca voulait souligner que les valeurs affirmées par l'AL Concarneau Trégunc, à l'époque était similaires à un grand monsieur comme Daniel Costantini. Celles du HB Sud 29, suffisamment fortes pour convaincre Patrice Canayer et Laurent Bezeau de donner 2 heures et demi de leur temps. Les leviers d'actions du HB Sud 29 sont réels. Le faire-savoir est une garantie d'aller chercher l'accomplissement et la réalisation de ce projet club.

Christophe Marchand