Le 25/01/2017

Perrine Le Buhanic, la témérité incarnée

La témérité a façonné le caractère enjoué et naturel de Perrine Le Buhanic. Au championnat de France de parabadmiton à Quimper, ce week-end, la marraine de l'évènement a démontré pourquoi elle était une authentique championne en se rendant ultra-disponible aux différentes demandes. Au lieu de la rendre poreuse, les vicissitudes de la fédération française de badminton, qui ne l'a jamais pleinement soutenu, a rendu au contraire plus forte la Bigoudène de Pont L'Abbé. Dans ces épreuves, elle s'est transformée en granit résistant aux coups et au temps. A 35 ans, Perrine Le Buhanic a réussi un joli pied de nez aux instances fédérales, en redevenant championne de France pour la seconde fois, après son sacre de 2011. " A la fédération, personne n'avait mentionné mon nom, comme possible championne de France. Cette année, je ne suis même pas tête de série aux France d'Amiens. Ca me passe bien au-dessus". Cette franchise désarmante pour une sportive de haut-niveau amplifie encore son penchant franc, enjoué et naturel. Le champ sémantique de la progression, de l'apprentissage constant, est une matrice accrochée à ses pensées. La fin sportive n'est pas encore programmée, une chance de faire quelques pieds de nez supplémentaire.

Entre la fédération française de badminton et Perrine Le Buhanic, ça n'a jamais été le grand amour. Malgré ces deux titres de championne de France, Perrine Le Buhanic n'a pas eu la reconnaissance auquel son parcours sportif lui donnait droit. " Je n'ai jamais été leader en équipe de France, toujours remplaçante. Les regrets ne sont pas là car je me suis éclaté dans mon sport, en construisant une vie toute autour. Pourtant, j'ai toujours aimé l'esprit d'équipe, la valeur club. Quand on joue une compétition par équipe, encore plus en équipe de France, je me surpasse".

Double championne de France en 2011 et 2016, Perrine Le Buhanic reste une acharnée du travail. A côté de son métier dans un service de radiologie, à Issy Les Moulineaux, la Pont l'Abbiste alloue un remerciement à ses directeurs. " J'ai des patrons adorables, très à l'écoute et disponible. Ils m'ont félicité pour mon titre de championne de France. Ca les a surpris. Quand je commence le travail à 10 h, je fonce à 7 heures du matin m'entraîner au gymnase, et après le travail, je rajoute aussi une séance en soirée. J'ai effectué 15 ans en équipe de France, des jeunes aux seniors. Après le badminton, je me vois bien apprendre encore plus de choses dans mon métier. J'ai envie d'être encore plus investi pour apprendre encore et toujours. Quand je vois mes directeurs, ça me fait envie d'avoir leur connaissance dans notre corps de métier. Coach au badminton? Non, je n'ai jamais les diplômes. Je n'ai pas la fibre. J'aime jouer. J'ai toujours la flamme de la compétition et de ce sport. Ca sera dur de retrouver les mêmes émotions"

Mes parents habitent toujours Pont l'Abbé, mes frères sont restés dans la région

Ecartée de l'équipe de France , après les France de Saint-Brieuc en 2013, esseulée par rapport à l'émergence de talents rapportés comme la Sino-Française, Hongyan Pi ou la Franco-Malaise, Sashina Vignes Waran, Perrine Le Buhanic a grandi sportivement à l'ombre des projecteurs. La fédération française de badminton a souvent fait le choix de naturaliser des joueurs étrangères à très fort potentiel que de faire confiance à des jeunes sortis des clubs du giron fédéral. Ce choix a forcément pesé dans la carrière de Perrine Le Buhanic. Sans regret, néanmoins, sa passion du badminton a été la plus forte pour contourner cette adversité. En pariant que ces victoires aux France ont été une intense jubilation intérieure par rapport àtoute cette injustice sportive ressentie. " Je n'en veux absolument pas à la fédération. Je me suis construit et forgé une carapace. Je prends ça d'une façon détachée sans jamais me retourner sur le passé mais en vivant chaque moment à fond. A Amiens, je ne serai pas du tout favorite, même pas tête de série car j'ai arrêté de jouer les tournois internationaux. Ca sent encore le mauvais tirage (rires). Le Sud-Finistère est ma terre natale. Mes parents habitent toujours Pont l'Abbé, mes frères sont restés dans la région. Quand je reviens, j'ai toujours cette immense plaisir. Plonéour-Lanvern a été mon premier de mes trois clubs dans ma carrière avec le Racing et Issy Les Moulineaux".

Proche de ses racines, jamais portée vers la lumière, Perrine Le Buhanic est tombée amoureuse du badminton, dès les premiers coups de raquette. Un destin exceptionnel l'a conduite au titre de meilleure joueuse française. Sans doute que l'adversité ressentie justement ou injustement l'a aidé à puiser dans ses ressources et aller chercher ces "extra-miles" supplémentaires qui sépare les championnes des grandes championnes. Son parcours et sa longévité imposent un profond respect. En attendant son nouveau contre-pied à Amiens, au championnat de France 2017.

Christophe Marchand

Mentions légales