Le 11/01/2021

SOUVENIRS & NOSTALGIE. Saïf Basli, l'aigle de Monastir

4 juillet 2016. Elu meilleur défenseur de ligue dans le Sud-Finistère par 3.000 internautes-votants, le Tunisien, Saïf Basli, 27 ans a conquis les passionnés du jeu au Quimper Italia. Véritable patron des Azzuris, respecté de ses coéquipiers et de ses adversaires, il a retrouvé goût pour ce sport après avoir été dépossédé de ce vice suite à une fin amère dans son club de coeur, l'US Monastir. Capitaine de cette équipe depuis les poussins, il a gravi tous les échelons pour être un des plus grands espoirs du football tunisien. Pilier des équipes de jeunes des aigles de Carthage, il s'est imposé au poste de défenseur central, réléguant même sur le banc un certain Aymen Abdennour (FC Toulouse, AS Monaco, FC Valence), à 15/16 ans. Meurtri par le football à 21/22 ans, il a trouvé au Quimper Italia une quiétude et l'envie d'en faire son métier en perçant dans un futur d'entraîneur. Portrait d'un joueur peu commun, au destin exceptionnel pour un joueur ordinaire de ligue.

En 2016, au Quimper Italia, aujourd'hui au Quimper Kerfeunteun FC, Saïf Basli, 30 ans, a toujours ce rôle essentiel. Crédit photo: Philippe Sizorn

L'orgueil façonne des blessures à vie, une cicatrice difficile à refermer, qui se réouvre à tout instant lorsqu'elle est encore à vif. Seul le temps est un nécessaire juge de paix pour tourner un chapître important de vie. Saïf Basli a connu cette morsure du football de haut-niveau à 21/22 ans quand un nouveau coach à l'US Monastir l'a fait jouer à conttre-courant." L'US Monastir est mon club de toujours. J'y ai commencé enfant, à 6 ans. J'ai tout connu, mes premières sélections en équipes de Tunisie, une finale de la coupe de Tunisie perdue à la 119ème minute, contre Sfax (0-1, ap) en mai 2009, devant 80.000 spectateurs. Deux ans après, j'arrêtais le football professionnel. Alors que j'avais joué toute ma carrière en défense centrale, l'entraîneur m'avait replacé ailier droit dans un 3-5-2. J'ai mis trois ans avant de retrouver une simple joie à jouer au football. Je finissais mes études en Tunisie. Mon frère, Jhassen, habitait à La Forêt-Fouesnant depuis 10 ans où il tenait une école de poneys. Quand il m'a vu au début que je tournais en rond ou dans le canapé, il m'a dit de reprendre le football pour penser à autre chose".

Premier match au Quimper Italia: remplaçant à Scaër avec l'équipe réserve

Après un contact à l'US Concarneau et l'équipe réserve de Pascal Laguillier en DSE, les deux parties ne se mettent pas d'accord à la suite de quelques séances d'entraînements. Le Napolitain, Arturo Bonavita, ancien propiétaire de la pizzéria Enzo à Quimper, entend parler par Jhassen de ce Saïf Basli, qui aimerait reprendre simplement le football. A cette époque, salarié du Quimper Italia, Maël El Bouabdellati contacte le jeune Tunisien, alors que la préparation collective d'avant-saison a été effectuée. Pas de quartier de faveur pour le coach Lahouari El Ouariachi. " Il a commencé en B en août 2013 par un match amical, à Scaër. Je ne le connaissais pas. Il n'était même pas titulaire avec l'équipe réserve en D3 de district. Il a joué trois à quatre matchs sur le banc. Il intègre la première remplaçant aussi. Jusqu'à ce que Syphax Chouf se blesse au poste de milieu récupérateur, il rentre et ne sortira jamais de l'équipe. Nous ne savions rien de son profil. Saïf est quelqu'un de humble et discret qui n'aime pas se mettre en avant. Les joueurs éblouis par ses qualités ont commencé à taper son nom sur internet et ils ont découvert une partie de son passé de joueur professionnel".

Saïf a toutes les capacités pour devenir un très bon entraîneur

La blessure du monde professionnel aujourd'hui guérie, Saïf Basli reste sur deux montées avec le Quimper Italia jusqu'en DRH. Taulier du vestiaire, joueur à l'élégance grande sur un terrain, jamais de carton rouge de toute sa carrière professionnelle ou amateure, Saïf Basli a été détruit avec le football et compte se reconstruire avec lui. " A 22 ans, il ne fallait plus me parler de football en métier. A 27 ans, cinq ans après, je veux devenir entraîneur après ma carrière. Quand je voyais des anciens amis en sélections jeunes de Tunisie, devenir professionnel, ça me faisait mal. Pas pour eux car j'étais ravi qu'ils y soient arrivés mais pour moi. A 15 ans, je jouais en défense centrale devant un joueur comme Aymen Abdennour. 12 ans après, c'est la première fois que j'en parle.  J'ai refermé une blessure intérieure. Je veux faire du football mon métier. Mon grand plaisir est de voir les enfants du club du Quimper Italia grandir et progresser en tant qu'homme et joueur. En Tunisie, j'ai passé très jeune mes diplômes 3ème degrès. Je peux potentiellement entraîner jusqu'en ligue 1, le plus haut niveau en France. En tant qu'international jeunes, il y'avait des barrières ouvertes en Tunisie pour passer ce genre de diplômes".

A ses côtés, le coach du Quimper Italia Lahouari El Ouariachi possède un regard attendri pour son joueur. " Pour un entraîneur, entendre qu'un de ses joueurs veut devenir à son tour éducateur ou entraîneur est la plus belle des récompenses. Saïf a toutes les capacités pour devenir un très bon entraîneur. En fin de saison, je lui ai confié 2 à 3 séances avec le groupe, je faisais semblant de n'être pas concerné mais derrière la rembarde, j'observais tout. Les joueurs le respectaient tous. Les compétences morales, tactiques et techniques, il les a. J'aimerai lui transmettre ma hargne, la foi de toujours lutter dans la vie", constate Lahouari El Ouariachi.

Ce que Saïf Basli n'a pas réussi à faire à 21/22 ans, il gravite à le faire plus tard et percer dans ce football à haut-niveau en étant entraîneur. Avec le recul nécessaire et avec l'expérience d'une remise en cause très jeune, Saïf Basli, salarié du Quimper Italia depuis deux ans en tant qu'éducateur jeune au club, s'éclate dans ce groupe des Azzuris qui ont joué les terreurs dans leur groupe de D1 en 2014/2015 et activer sur leur lancée en PH en 2015/2016. Symbole de ce renouveau, le Quimper Italia forme aujourd'hui une équipe portée sur le jeu avec des talents individuels marquant à ce niveau. L'aigle de Monastir n'a pas fini d'acérer ses griffes pour protéger l'accès à la cage de Omar Ba ou de couper tous intervalles dans la défense du Quimper Italia.

Christophe Marchand

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