" Marquer un but, c'est comme gagner la coupe du monde pour nous", résume avec un trait d'humour, le capitaine, Ronan Boulic. La saison de l'US Querrien apparaît comme un calvaire inlassable, tel Atlas dans la mythologie Grecque condamné à porter le ciel de ses bras. 0 victoire, 0 match nul, 20 défaites, 6 buts marqués, 110 encaissés. Dans cette vase sportive, la sortie de cet enlisement passe par l'état d'esprit d'un groupe de potes, qui ne veut pas laisser mourir ce club de 50 ans.

L'US Querrien a perdu tous ses matchs mais a gagné le respect de tous ses adversaires.

L'actualité sportive se tourne volontiers vers les clubs qui réussissent car ils sont forcément générateurs d'un dynamisme et d'un élan qui encerclent leur performance. L'US Querrien est aux antipodes de ce schéma. Condamnés à la défaite, ils sont, condamnés à la défaite, ils resteront jusqu'à la fin de la saison. A l'heure où tout groupe humain aurait explosé face à une telle série, les 16 joueurs de l'US Querrien se sont au contraire serrés les coudes pour tenir la saison et marquer un point d'honneur à ne jamais déclaré forfait.

Le rappel de l'arrière-ban a été l'objet de lier les générations de cette commune de 1.800 âmes, à la frontière entre le Finistère-Sud et le Morbihan. André Hellegouarch, 43 ans, Fabrice Le Goff, 42 ans, Jérémy Mentec, 45 ans, Gilles Simon, 47 ans ont réouvert les placards pour rechausser leurs vieilles chaussures de foot usées pour donner un coup de main au club. Le maire, Marcel Moysan s'est personnellement investi lorsque les deux assemblées ordinaires et extraordinaires n'ont trouvé de président pour la relève. Président depuis 5 ans, Christophe Le Cruguel est resté par solidarité, à la présidence. " Si le club de football meurt, c'est toute la commune qui en pâtit. Le bar ferme le dimanche, les commerces tournent moins et le week-end apparaît moins animé. Dans les années 80, le club jouait en DRH devant 300 à 400 spectateurs. Nous avions gagné la coupe de Cornouaille 1986 et joué un 6ème tour de coupe de France face à l'US Concarneau devant plus de 1.000 spectateurs au début des années 80. On savait qu'on était parti pour une saison galère. Et bah, avec le recul, on n'a pas été déçu (rires)".

" On peut mourir dans l'anonymat général"

0-18 au 1er tour de la coupe de France face à Bannalec, 17-0 en ouverture de championnat face à Névez, rideau, on ferme la boutique! Et non, à force de courage, et d'auto-dérision par rapport à leur situation, l'US Querrien a tenu le choc et gagné le respect d'une bonne partie de leurs adversaires. " C'est très difficile moralement! On donne tout pour offrir une opposition correcte à nos adversaires. A un moment, nous avons douté que nous pourrions continuer toute la saison. On remercie nos adversaires, comme Saint-Thurien, Rédéné, l'AS Tremeven, ou Rédéné, qui nous ont beaucoup soutenu pour poursuivre", affirme le coach, Fabrice Le Goff.

A force d'empiler les défaites, le groupe s'est blindé au regard extérieur. Et dans l'intimité d'un vestiaire, les fous rires sont un des supers liant de leur aventure humaine et sportive. " Les gars, je vous annonce que nous sommes deux, aujourd'hui sur le terrain, moi et ma cuite". " Mon meilleur souvenir de l'année? Entendre l'entraîneur adverse à l'Hermine de Concarneau, haranguer ses gars à la mi-temps, alors qu'il faisait 0-0 contre nous à la mi-temps, nous étions tous pliés". " Je suis le meilleur buteur du club. Combien? Cinq contre mon camp, cette année".

A l'heure de la sinistrose ambiante, le déplacement à l'US Querrien devrait être remboursé par la sécurité sociale. A travers ces phrases se cache une volonté de se battre pour les couleurs d'un club et la fierté d'une commune. " Le groupe a vraiment été énorme. On fait avec rien, on se bat avec nos forces. Les petits clubs n'intéressent pas le district, ni la ligue. On peut mourir dans l'anonymat général. Le dimanche ne sert qu'à payer les frais d'arbitrage ou les amendes. Et encore, je ne sais même pas comment on tient car nous ne faisons que 15 entrées payantes. Il faut parfois aller taper dans la buvette pour être dans les clous", précise Christophe Le Cruguel.

" Remonter de suite en D2, l'an prochain"

Capitaine de l'US Querrien, Ronan Boulic est au club depuis six ans. L'ambiance générale entre les joueurs est la clé de cette continuité sportive. " Je préfère perdre de cette manière avec un super groupe que gagner comme l'an passé dans une ambiance parfois délétère. Le groupe s'est fractionné en deux. Nous avons perdu une équipe entière. Alors que pour toutes les équipes, marquer un but apparaît banal, pour nous, c'est un exploit. C'est comme gagner une coupe du monde (rires). On se bat pour notre clocher. Nous n'avons pas d'école de football. On s'est tous blindé même si nous avons hâte que la saison se termine. Ca serait tellement bien et moral de décrocher un match nul ou une victoire".

A 20 ans, Sylvain Goenvec fait partie de ces jeunes de la commune, qui sont revenus au club par l'amour du maillot. " Je suis revenu au club, après avoir joué chez les jeunes à l'US Quimperlé. Mon père, Denis, a joué à l'US Querrien, mes oncles ont tous porté ce maillot. Je ne voyais pas jouer ailleurs. Je ne dis pas que je continuerais avec mon futur professionnel (études d'ingénieur à Vannes). Tant que j'habiterais la commune, je jouerais pour l'US Querrien".

" Tout ce qui ne détruit pas rend plus fort", affirmait le philosophe Allemand en profession, et gardien de but au football pour un club local en passion, Friedrich Nietzsche. L'US Querrien, assuré d'être relégué en D3, veut regarder vers l'avant. " On va perdre trois joueurs à l'intersaison. Que cinq joueurs nous rejoignent dans cette aventure et nous jouerons la remontée en D2. Il faut qu'on remonte immédiatement", martèle le président Christophe Le Cruguel.

Le groupe des 16 joueurs 2012/2013: Marc Bizet, Fabien Boulic, Ronan Boulic, Philippe Bourhis, Raphaël Bresson, Emmanuel Couic, Pierre Gallo, Sébastien Guigourès, Sylvain Goenvic, André Helegouarch, Fabrice Le Goff, Stéphane Le Mat, Loïc Le Mevel, Devan Le Mevel, Nicolas Le Naour, Anthony Le Roy, Jérémi Mentec, Pierre Plunian, Jérémi Salaun.