03/04/2025

Kévin Guéguen: " Ma plus belle rencontre, ca a été l'arbitrage"

Arbitre, c'est comme passer de l'autre côté du miroir. De joueur à arbitre, d'une finale départementale U18, en défenseur central avec l'US Plougonvelin, à un an plus tard, être toujours à ce même rendez-vous en arbitre principal de la finale, Kévin Guéguen, 38 ans, a été plongé très tôt, à ses 17 ans et demi dans cette marmite de l'arbitrage, quand la quasi-totalité des joueurs U18 bifurque en senior, il a choisi une autre voie, celle de l'arbitrage, qui l'a conduit à une passion toujours débordante et intacte 20 ans plus tard. Jusqu'à le façonner, à bétonner sa personnalité, et à faire aujourd'hui la personne qu'il est devenu. Arbitre, ce n'est pas forcément une vocation, mais ça peut devenir une passion et une histoire magnifique au bout. Kévin Guéguen, originaire de Plougonvelin, a vécu à fond cette passion pendant 20 ans, avant de ranger son sifflet et sa tenue, à la fin de la saison 2023/2024, mais il n'en reste pas moins un acteur du jeu, donnant de son temps au poste d'observateur fédéral et partageant son savoir-faire aux jeunes arbitres. " Jeune, j'étais incapable de parler en public, l'arbitrage m'a complètement transformé, j'ai fait une pièce de théâtre devant 300 personnes parce que l'arbitre m'a permis plein de choses. Aucun match ne s'arbitre de la même manière. A mon niveau d'arbitrage, la National 3 - CFA 2, il y'a toute une stratégie à mettre en place pour que le match se passe pour le mieux. On est au centre d'un jeu qui réunit 40 joueurs autour de soi, avec un cadre établi", précise Kévin Guéguen.

Légende: 20 ans après avoir fait ses débuts à 17 ans, Kévin Guéguen a raccroché son sifflet, à la fin de saison dernière, à "domicile", sur son niveau de prédilection, la N3, à Milizac face au Stade Rennais B. Crédit Photos: DR

Avec des réflexions propres, à travers un oeil d'arbitre, par une différence ressentie par niveau. " Arbitre de district ou de ligue, ce n'est pas la même chose. Arbitrer en R1 ou en National 3, ce n'est pas le même sport. A titre personnel, je n'ai jamais pris de plaisir à arbitrer en R1, la N3 correspondait à mon niveau. Chaque arbitre a sa personnalité, ce n'est pas linéaire. J'aurai aimé aussi atteindre le niveau National 2, mais ça signifie aussi un autre cadre de vie, et des sacrifices, car être au centre en N2 fait le doublon avec être 4ème arbitre en Ligue 2. En National 3, il y'a un côté sportif de haut-niveau à respecter. Un match pour un arbitre à ce niveau, c'est 12/13 Km par match, avoir une rigueur, et garder sa lucidité pour ne pas arriver au sprint sur des contacts clés. Suivre l'action, anticiper, afficher une attitude neutre, un regard neutre, aussi, ça s'apprend! C'est de la haute-couture, un match en N3 quand on est arbitre"

Riche aussi, de ses 17 ans, avec la proposition spontanée de Marc Quéré, dirigeant à l'US Plougouvelin, en 2003, à un arbitrage au centre sur Le Mans - Paris Saint-Germain (B) en 2012, ou un premier match au centre, en CFA, un Quimper - Red Star FC, quand le premier arbitre central se blessa à la 9ème minute, l'arbitrage l'a élevé sur des instants que peu de joueurs vivent finalement sur des niveaux aussi élevés.

Le partage aussi de rencontres, avec des passionnés qui ressentent aussi ce même feeling. " Il y'a un joueur que j'aimais arbitrer, c'est Cyril Benamara, à Locminé. Il avait cette façon d'essayer de vous déstabiliser, mais il le faisait toujours très subtilement. Quand je rentrais dans son jeu, j'aimais à prendre le contre-pied de ce qu'il me disait. Des entraîneurs aussi, comme Gilles Boulouard, qui a un idéal du football, avec une haute exigeance, mais qui fait partager et progresser. Il m'a aussi aidé dans l'arbitre que je suis devenu pour comprendre le jeu. Didier Noblet ( Locminé, Ploërmel), aussi, j'ai beaucoup aimé sa sensibilité et sa même exigeance pour le jeu. Les copains arbitres, aussi comme Jonathan Tribodet, Thibaud Michel, François Le Texier, Elodie Coppola, Mickaël Le Bot, Paul Garo.... Didier Pauchard, aussi, un faiseur de miracles, Denis Rannou, au district. Et aussi Bertrand Layec, à la ligue de Bretagne, le meilleur manager, une chance de l'avoir en Bretagne, il est en avance sur tout et tire tout le monde vers le haut".

A 37 ans, sur un dernier match, en 2023/2024, à la maison, Milizac - Stade Rennais B, devant sa famille, sa compagne, Coralie, et ses trois enfants ( " C'est le seul match où j'ai demandé à mon fils aîné, 7 ans, de venir assister à un de mes matchs. Je voulais aussi le protéger, le préserver de ce qui peut être dit dans un stade autour d'une décision de l'arbitre"), cette route longue de 20 ans sillonnant presque tous les stades en Bretagne et dans le Grand Ouest a été fermée.

Décrivant aussi un sevrage, après avoir baigné dans l'adrénaline évidemment forte du match du week-end, comme peut ressentir un joueur, mais pas avec cette même complexité finalement qu'un arbitre.

" C'est un arrêt brutal, c'est 20 ans de sport de haut-niveau que j'arrêtais d'un coup. Etre arbitre en National 3, je considère ça à mon niveau comme du Semi-Pro. Ca fait drôle, les premiers dimanches, ou samedi soir, on est face à un vide, face à un manque, mais j'avais pris ma décision depuis six mois avant. Je me souviens d'un match déclic, en R1, l'an dernier, où je me suis garé, et instintanément, devant les portes du stade, je me suis dit, mais qu'est ce que je fous-là un dimanche après-midi, loin de ma famille? C'est peut-être la première fois où je n'avais pas envie d'y aller", avoue franchement Kévin Guéguen.

Etre arbitre lui a permis d'être l'homme qu'il est aujourd'hui, d'éviter de s'égarer au milieu de sa vingtaine, lui donnant un cadre, un objectif en fin de semaine. " Ma plus belle rencontre, c'est l'arbitrage. Ca a fabriqué mon caractère, m'a endurci, m'a blindé aussi face à l'adversité. Si je suis éducateur spécialisé, je le dois à l'arbitrage. Rien ne m'a paru inaccessible dans la vie dès que j'ai eu de l'expérience dans l'arbitrage"

Comme aujourd'hui, être à la tête de l'association de la Littoral Ty Bonheur, avec quatre amis d'enfance à Plougonvelin, depuis novembre 2023 et mettre sur pied le 27 et 28 juin, un festival de musique, le Ouestival ( jusqu'à 5000 festivaliers par soir) ou deux semaines avant, de relancer une course pédestre, toujours avec la même équipe.

Il a finalement bel et bien grandi le jeune homme de Plougonvelin qui avait endossé le sifflet pour la première fois, à 17 ans, en 2003, 20 ans plus tard, il s'est épanoui pleinement dans sa passion, jusqu'à partir maintenant sur d'autres projets. Mais en ne coupant pas le cordon ombilical avec l'arbitrage, comme son rôle d'observateur fédéral pour aider de jeunes arbitres 16-22 ans, à progresser et apporter son regard pour leur transmettre son vécu de 20 ans de haut-niveau dans l'arbitre.

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