Cela faisait longtemps que je lui tournais autour sans jamais pouvoir la rattraper. Il faut dire que  Catherine Letty est toujours en mouvement. La course, c'est comme une seconde nature pour l'insaisissable jeune femme. On ne l'imagine pas à l'arrêt. Alors à Coray, profitant de l'un des rares moments de répit qu'elle s'accordait (assise sur un banc, elle récupérait d'une course suffocante), j'ai saisi ma chance. Et l'élégante athlète m'a invité à m'asseoir et a bien voulu remonter avec moi le fil de son passé de coureuse à pied. Un vrai moment de grâce. Du plus loin qu'elle se souvienne, Catherine Letty a toujours couru. "Dans la cour de récréation en primaire, je battais déjà tous les garçons à la course et à Ergué-Gabéric, à une époque où on laissait pas mal de liberté aux enfants, j'étais toujours en vadrouille autour de chez moi dans la campagne environnante à pied ou sur mon petit vélo." Je me suis demandé quelle bouille elle pouvait avoir sur ce petit vélo et ne me demandez pas pourquoi mais c'est l'image de Fifi Brindacier flanquée de ses p'tites couettes (les plus anciens lecteurs de Newsouest s'émouvront de la comparaison) qui m'est venue à l'esprit. Fifi Brindacier, c'était Catherine Letty ! "Mine de rien, a ajouté Catherine tandis que j'étais perdu dans mes pensées, c'est comme cela que je me suis fabriqué le foncier naturel qui est le mien aujourd'hui."

Légende: De ses premiers exploits sur le 800 mètres, à un plaisir non dissimulé du trail, Catherine Le Letty rayonne sur ces types de parcours en pleine nature. Crédit photos: DR

C'est à l'Ulacq que l'on retrouve quelques années plus tard la petite Catherine. Elle a maintenant 12 ans. Et si le club finistérien est basé à Fouesnant, c'est à Quimper qu'elle fait ses premiers pas dans l'univers de l'athlé. "Pourquoi Quimper ? Parce que c'était plus près de chez moi. L'Ulacq y avait une toute petite structure. On devait être trois ou quatre pas plus à s'entraîner sous la direction d'Eric Le Pemp."

C'est de là que date son premier fait d'armes : le record du Finistère du 1000 mètres Benjamines (3' 17'' 05), un record qu'elle a longtemps détenu. Sur une distance qui va devenir très vite la distance de prédilection de cette ado taillée pour la course à pied. Car c'est en demi-fond et plus précisément sur 800 mètres que va bientôt s'illustrer la Gabéricoise.  Sous les couleurs du Quimper Athlétisme. A 14 ans, Catherine opte en effet pour le club quimpérois. "Une autre dimension ! Pour une rencontre déterminante avec un entraîneur qui m'a marquée, Emile Le Coz." Parmi ses titres de gloire, une victoire aux championnats de Bretagne Espoirs sur 800 mètres en 2'16 le 17 juin 1996. Dithyrambique (comme parfois il peut l'être), Pierre Lharidon titre le lendemain dans le Télégramme. "Catherine Letty : Un 800 mètres de rêve."

De ces années-là (1988 à 2000 environ), que retient l'athlète qui évolue aujourd'hui sous les couleurs de Courir à Coray ? "Je ne suis pas nostalgique. Juste contente de l'avoir fait. Et avec le recul, ce que je retiens, au-delà de la performance individuelle, c'est le plaisir partagé avec les copines lors des longs déplacements. Ce sont aussi les échanges et les relations avec les différents entraîneurs."

C'est justement le retrait d'Emile Le Coz, son emblématique entraîneur d'alors qui va pousser Catherine Letty à changer d'horizon. Alors qu'elle est encore jeune senior, elle s'engage à l'ALCP. Elle intègre ainsi sous la direction du polyvalent Pierre Lharidon, l'une des plus belles équipes bretonnes de l'époque. Et en cross ou encore sur 4x800 mètres, avec les Nathalie Guyader, Valérie Figuier, Sonia Gouzien ou encore la petite jeune et prometteuse Sandra Lévénez, elle contribue à porter haut les couleurs du club carhaisien.

La suite de l'histoire ? Semée de beaucoup de hauts et de quelques bas. Car Catherine Letty a aussi frôlé le pire : un accident de la route dont elle est sortie avec fracture du bassin et traumatisme crânien. Mais comme aime à dire Patrick Bargain, partenaire de la "formidable" Asso Courir à Coray, "Catherine, c'est une battante".

La Gabéricoise se relèvera de cette épreuve pour revenir à ses premières amours : la course à pied et aujourd'hui le trail qu'elle a découvert avec un plaisir incommensurable. "Aujourd'hui, je ne me vois pas revenir à la course sur route. Le trail, c'est la variété, c'est la découverte. Je m'y retrouve complètement. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, je ne cours plus après le chrono, je ne cours après rien...", se marre Catherine.

Du haut de ses 46 ans, la jeune maman de Manon et Chloé (17 et 20 ans) récolte dans sa nouvelle discipline, victoires et places d'honneur  et s'est fixée comme prochain objectif (août 2022) le Grand Raid des Pyrénées, soit 80 kilomètres. "Qui aurait cru que moi, la spécialiste du 800, je me lancerais dans cette aventure..."

Aujourd'hui, Catherine Letty court sans se prendre la tête. Avec l'expérience, elle a appris à écouter son corps. Elle court sans s'astreindre à une stricte hygiène de vie ("Je suis une lichouse. Il est fini le temps où je m'interdisais de manger des frites, une aberration selon Alexandra Rannou.")  Catherine Letty court librement et ça lui va tellement bien...

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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