Le 17/06/2021

Corentin Martins: " L'équipe de France a signifié beaucoup, à commencer par être dans les 23 meilleurs français"

" Je n'ai jamais eu une sélection en équipe de France jeunes. Rien, ni même en équipe de Bretagne, ou en équipe du Finistère. J'ai un parcours complètement atypique.", précise Corentin Martins, le sélectionneur de l'équipe de Mauritanie, qualifié pour la prochaine coupe d'Afrique des Nations, en 2022, au Cameroun. Ce parcours atypique, Corentin Martins a accepté de revenir dessus. Celui que tout le monde surnommait affectueusement " Coco", deux syllabes, qui ont pris racine dans le Finistère, avec un berceau familial, à Porto, au Portugal. " Nous passions toutes mes vacances d'été, au Portugal. Mon père a grandi, à Porto, avant de venir travailler dans le Finistère, à Brest". De sa première licence à 5 ans et demi, au PL Bergot, Roger Harré comme président à l'équipe de France de football, intégrée pour la première fois, en 1993, avec l'AJ Auxerre, Corentin Martins a connu une carrière riche, comptant parmi les tous meilleurs milieux de terrain, au poste de meneur de jeu, du football français des années 90.

Légende: Corentin Martins a rattrapé son retard initial pour s'établir en un des meilleurs milieux de terrain français des années 90. Crédit photo: Fédération football de Mauritanie

Comme Paul Le Guen, Corentin Martins a raccroché les wagons d'un métier de footballeur professionnel qui ne s'offrait pas à lui, à l'adolescence. De ses 5 ans et demi à 11 ans, au PL Bergot ( " toujours en contact avec Raymond, le fils de Roger Harré ou Stéphane Larsonneur"), de ses 11 à 17 ans, à l'AS Brest, sa carrière ne décolle qu'à l'issue de sa dernière saison, à l'AS Brestoise (D3).

" J'ai fait un sport études à Briec de l'Odet et la section football à Châteauneuf du Faou, avec Jean Brélivet, aux commandes. J'ai commencé à être sollicité à mes 17 ans, en 1985/1986, jamais auparavant. Après mon année en D3, avec Philippe Lemoine, en entraîneur, six mois avant la fin de la saison, trois clubs se sont intéressés à moi: le Matra Racing (époque Jean-Luc Lagardère), le Stade Rennais FC, et le Stade Brestois 29. Ma première réaction vis à vis du Stade Brestois 29, je n'y vais pas car il y'avait cette forte rivalité, à l'époque entre l'ASB et le SB29. On ne se mélangeait pas facilement. Je choisis le Stade Brestois en restant proche de ma famille, sur les conseils d'Armand Fouillen. J'arrive en 1986, quand débarque de la coupe du monde des géants comme le stoppeur brésilien, Julio César ou l'Argentin, José Luis Brown (auteur du premier but en finale face à la RFA). Je joue d'abord en B avec Bernard Maligorne".

Arrivé sur la pointe des pieds, à 17 ans, il y reste quatre ans jusqu'au dépôt de bilan, saison 1990/1991. " Est-ce que j'aurai pu être international avec le Stade Brestois 29? Ca me paraissait compliqué. En 90/91, nous réussissons un super début de saison, en sortant d'une grosse préparation, mais on se bat à la fin pour se maintenir. Le Stade Brestois, ça reste mes débuts dans le football professionnel. Le club de mon département, le Finistère, j'y ai joué, devenu directeur sportif et même entraîneur. J'avoue ne plus avoir de contact avec le club, j'avais saisi une opportunité du président, Michel Guyot, pour rejoindre le club, après ma carrière de joueur. Je dois beaucoup au Stade Brestois car j'ai pu apporter ma vision du football, devenir entraîneur alors que je ne me voyais pas du tout dans ce rôle au départ. Mais au départ, Brest, ça a été une génération de jeunes, avec les Philippe Rannou, Stéphane Rivoal, Stéphane Guivarch ou Yannick Menu.... Je ne reste pas à Brest car je voulais jouer la coupe d'Europe. Quand j'acte ma décision, les clubs intéressés pour ma venue étaient Auxerre, Bordeaux, Lyon et Rennes. J'ai choisi Auxerre car ce club donnait la chance aux jeunes et jouait régulièrement la coupe d'Europe. J'avais sportivement donné ma parole à Guy Roux. Jean-Michel Aulas, le président de l'Olympique Lyonnais, a fait deux fois le trajet en avion, Lyon - Guipavas, pour me convaincre de signer à l'Olympique Lyonnais, me proposant même de doubler mon salaire perçu à Auxerre. Mais j'avais donné ma parole....".

Sa parole vaudra de l'or, au final, car "Coco" Martins arrive en plein dans l'âge doré de l'AJ Auxerre alors que Lyon ne l'atteindra que dans la décennie 2000. " Auxerre m'a révélé au plus haut-niveau. On joue une demi-finale de la coupe UEFA face à Dortmund (2-0, 0-2, défaite TAB). Ma meilleure saison reste la dernière à l'AJ Auxerre avec le doublé coupe/Championnat en 1995/1996 et aussi ma première à La Corogne en 1996/1997. Auxerre m'a fait connaître l'équipe de France, ma première sélecton face à Israël en 1993. Je ne suis pas rentré sur mes deux premiers matchs, avant de démarrer en Autriche. J'avais fait avant une sélection A prime, face au Sénégal et en Angleterre, quand Michel Platini était encore sélectionneur".

Pour quelqu'un qui n'avait jamais eu la moindre convocation en équipe de Bretagne, chez les jeunes, voir même à échelon départemental, le pas est gigantesque d'atteindre l'équipe de France, à 24 ans, alors qu'il était encore en D3 avec l'AS Brest, sept ans auparavant. " L'équipe de France reste mes premiers souvenirs devant le poste. Mon premier souvenir, c'est la coupe du Monde 78 en Argentine, la demi-finale en 1982 en Espagne, et les deux années 84-86 où la France est à son sommet. L'équipe de France représente l'accomplissement de ma carrière, être parmi les 23 meilleurs joueurs français. Mon regret est de ne pas avoir joué une minute de l'Euro 1996 en Angleterre, alors que je joue tous les matchs amicaux de préparation. Zinédine Zidane s'est blessé juste avant l'ouverture mais je n'ai jamais eu ma chance durant la compétition. Des explications à Aimé Jacquet, le sélectionneur? Je n'ai jamais été du style à demander des explications à un entraîneur. La coupe du monde 98, je n'ai pas trop de regrets, mon pic était passé. Je me suis blessé en cours de saisons, à Strasbourg, nous jouons alors le bas de tableau, en D1. Je m'étais blessé en cours de saison".

Rattaché à son Finistère, Corentin Martins a aussi décidé de se rapprocher de ses racines lusitaniennes, en se dirigeant à la Corogne, en Galice, en Espagne après ses cinq saisons pleines à l'AJ Auxerre. " La Corogne était un gros club espagnol, presque à même niveau sportif que le Real Madrid ou le FC Barcelone. Il y'avait Bebeto, qui a fait connaître le club. Le joueur qui m'a le plus marqué là-bas a été le Brésilien, Rivaldo. Très, très fort, technique, grosse puissance, sérieux et travailleur aux entraînements. J'effectue une première très grosse saison, dans la continuité de ma dernière à Auxerre. Je me blesse à la fin de ma première année, une tendinite à l'adducteur. Le staff médical n'était pas à la hauteur d'un club qui avait grandi très vite sportivement. On prend conscience quand on part à l'étranger, qu'on est pas chez soi sur ce type de mésaventures".

Strasbourg sera avec Auxerre, le club où Corentin Martins a passé le plus de saisons. Cinq saisons, entrecoupé d'une parenthèse à Bordeaux en ligue des Champions, avec une coupe de France en 2001, remportée aux pénaltys face à Amiens. " Strasbourg a été des moments sportifs compliqués, il n'y a que eu des bons moments, mais il me reste le lien avec ce stade de La Meinau. J'ai adoré les supporters et l'ambiance dans ce stade. Ca m'a marqué vraiment"

Sélectionneur de la Mauritanie depuis 2014 ( " je suis tombé sur la bonne fédération africaine, avec des gens qui sont respectueux et travaillent dans la durée et en confiance"), Corentin Martins garde toujours le lien avec le Finistère. Même à distance et de manière plus fluctuante.

" Le football a toujours été un jeu et un plaisir. J'en ai fait mon métier, mais j'ai toujours gardé cet esprit joueur. Encore aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de redevenir joueur quand il y'a un nombre impair sur le terrain. J'ai été un joueur et je le resterai toujours au fond de moi car j'aime profondément le football. Je le rappelle toujours à mes joueurs, qu'il faut qu'il garde le plaisir du jeu, en toute circonstance, même avec une forte pression. Le foot appartient aux joueurs. En fin de compte, on nous paie pour prendre plaisir avec ses amis. J'ai toujours eu le sourire de venir aux entraînements, je ne m'en suis jamais lassé, excepté à la fin à l'AJ Auxerre, car les entraînements devenaient routiniers. Le futur, personne ne peut l'écrire à l'avance. Surtout dans le monde du football où nous sommes tous de passage. Je ne voulais pas être entraîneur, à la fin de ma carrière joueur, posé ses valises à droite ou à gauche. Le Stade Brestois 29 m'a donné goût pour ce métier, car je retrouvais l'adrénaline du terrain, comme quand j'étais joueur. Je vais là où le foot m'amène, au gré des rencontres et des opportunités de carrière. Je me sens très bien en Mauritanie, je sais ce que j'ai, je mesure cette chance. J'ai toujours été quelqu'un de fidèle dans ma carrière".

Série sponsorisée par le groupe Trécobat, constructeur de maisons individuelles, quatrième volet des Capés du Finistère, avec Corentin Martins, 1993-1996, 14 sélections en équipe de France.

A voir aussi dans cette série spéciale, liée à l'actualité de l'Euro 2021:

1- Loulou Floch (1970-1973), le voltigeur léonard
2- Yvon Le Roux (1983-1989): " L'équipe de France a toujours été une période heureuse"
3- Paul Le Guen (1993-1995): " J'ai été un international de passage"

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