Le 27/04/2022

Laëtitia Bleunven, une athlète lumineuse

D'aucuns m'auraient renvoyé dans les cordes! Pas Laëtitia Bleunven, qui une heure à peine avant de chausser les pointes pour entrer en piste, a accepté de sacrifier son échauffement pour discuter de tout et de rien mais surtout d'athlétisme avec moi. "Sacrifier son échauffement"...  L'expression va lui paraître pompeuse et je l'imagine bien ,  se fendant de l'un de ces éclats de rire dont elle a le secret en lisant ces quelques lignes. Laëtitia Bleunven, c'est la simplicité et l'humilité incarnées. Son palmarès lui autoriserait pourtant des caprices de diva car en cross comme sur piste, elle fait partie des toutes meilleures Françaises mais l'orgueil mal placé, ce n'est définitivement pas dans sa nature. Pas étonnant qu'elle cultive avec son entraîneur,  le discret et humble André Penarguear, celui qu'elle qualifie avec affection de "3ème grand-père", une complicité de longue date. Ces deux-là étaient faits pour s'entendre...

Légende: Laëtitia Bleunven conjugue le plaisir avec la performance, une épicurienne de la course à pied, qui fait du bien. Crédit photo: DR

Samedi dernier, au Stade Bigouden, c'était sur 1000 mètres que la récente championne de Bretagne de cross court avait programmé sa rentrée. Le 1000 mètres ? Une drôle d'idée, non quand on est plutôt une spécialiste du 5000 ? Pas pour celle qui a érigé en lettres d'or sur son compte Instagram la maxime "La perf d'accord, le plaisir d'abord" ou qui a repris à son compte une petite phrase de Kevin Mayer : "Le plaisir est un préalable du succès." "C'est que j'avais envie de revenir aux sources, de retrouver mes sensations de minime, du temps où je courais le 1000 mètres en 3'02, a plaisanté Laëtitia. Mais elle ne plaisantait pas vraiment non plus. J'ai besoin de retravailler ma vitesse. Au plus haut niveau, je me retrouve en concurrence avec des filles capables de boucler le dernier kilomètre d'un 5000 mètres en moins de 2'50. Je sais bien que je ne suis pas une coureuse de 800 mètres mais pour progresser, tous les axes sont à travailler."

Comment lui donner tort car en termes de progression, celle qui a descendu son record de 30 secondes sur 5000 mètres l'an passé sait de quoi elle parle. Cette progression, la néo-trentenaire l'explique évidemment par le travail mais aussi paradoxalement par un accident  - plutôt un incident - de parcours : une opération de la vésicule biliaire. "Cette intervention m'a permis de relativiser, de prendre du recul et de franchir une nouvelle étape, elle m'a libérée. Je gère mieux la pression. Je privilégie le plaisir. J'aime courir."

Le plaisir passe aussi pour Laëtitia par la variété et la polyvalence.  Entre le cross et la piste, elle ne saurait dire où va sa préférence. Mais la jeune éducatrice spécialisée s'est découvert plus récemment une passion pour la course sur route et 33 ans après "sa p'tite maman" (Béatrice André de son nom de jeune fille), elle a remporté cet automne le mythique 10 kilomètres Taulé-Morlaix en signant un chrono de 33'15 qui en dit long sur ses possibilités.

La progression et le plaisir passent encore par les échanges. Les échanges avec André l'entraîneur bien évidemment, capable de suivre sa protégée jusqu'au bout du monde (du moins jusqu'à Miramas lors d'un fameux week-end où Laëtitia enchaîna finale des France du 3000 mètres dans le midi et Interrégionaux de cross en Normandie). Échanges également avec Mazarine et Morgan, les compagnons d'entraînement, avec Franscine la préparatrice physique. Echanges encore avec le kiné Grégory auquel Laëtitia rend un hommage appuyé. "Il a le don de me remettre sur pied". Echanges toujours - et c'est plus rare - avec la concurrence : "Les adversaires, je ne les vois plus comme des adversaires mais comme des filles qui m'aident à progresser et à me construire."

En revanche, dans sa quête de progression, l'athlète du Stade Brestois n'est franchement aidée ni par la Fédé, ni par les partenaires. Quel gâchis quand on songe à la formidable ambassadrice de son sport qu'elle ferait. Mais là encore, Laëtitia qui conjugue travail à plein temps et athlé ne se plaint pas. "Le boulot ? Cela me permet de ne pas me focaliser exclusivement sur l'athlé." On discute, on discute mais avec tout cela, on en oublierait presque le résultat du 1000 mètres . Alors ? "Combien j'ai fait, André ? 2'54''04 ! Décevant ! Je suis partie beaucoup trop vite et j'ai eu un mal fou à relancer... Mais, mais... Je crois bien que j'ai battu mon record!!!" La soirée s'est terminée dans un grand éclat de rire...

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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