80 communes en France, 3 en Bretagne répertoriés sur le patronyme hagiographique de Saint-Aubin, côté football régional, deux clubs portent aussi ce nom toponymique dans l'Ile et Vilaine, le Stade Aubinais ( pour la commune de Saint-Aubin du Cormier) et le FC Aubinois ( Aubin-Aubigné). Carhaix a aussi ce Saint, dans son équipe, et ce samedi soir, il a permis aux DC Carhaix de porter longtemps la croyance de réaliser un très gros exploit face au Vannes OC. Posté soit en avant-centre, soit au poste d'ailier, Aubin Le Boulch a eu la vista de faire un geste rare dans le football, à l'instar de Pierre Lallouet, quelques heures auparavant à Pleyben, il a usé aussi du tir lobé de 50 mètres pour dérouter Mattéo Petitgenet, le portier vannetais très avancé sur sa ligne. Même avec la prise de ce but à la 25ème minute, il n'a pas dérogé à sa ligne de couper et sécuriser toute profondeur derrière le dos de ses centraux. Ce coup intrépide a remis Carhaix en selle ce samedi soir, en égalisant au bout de 25 minutes, les Dernières Cartouches n'ont plus dévié de cette ligne donnant un sacré fil à retordre pour des Vannetais qui ont craint de ne jamais trouver la solution de ce fort local a priori imprenable. Il aura fallu d'une main dans la surface à la 95ème minute pour retirer cette épine de la chaussure, mais Carhaix a été héroïque et audacieux, à l'image de ce but singulier et magnifique (1-3). " C'est mon plus beau but, renforcé avec le contexte d'un 4ème tour de la coupe de France. Réussir un lob du milieu de terrain, ça fait forcément des sensations de fou. C'est travaillé? On l'avait travaillé à la vidéo, avant le match, avec le coach. On avait remarqué que leur gardien était très avancé. On y pensait toute la semaine, on l'aurait tenté à un moment donné dans le match. Coup de chance, je frappe et poteau rentrant, elle va dedans. Sincèrement, je la vois sortir, car il y'avait un effet dans la balle. Où je suis positionné, je la vois sortir, mais j'entends crier tout le stade sur ma droite, et on la voit rentrer. C'est la folie dans ma tête! Je commence à enlever mon maillot, je me suis de suite dit, calme-toi, on ne joue que la 20ème. C'est incroyable de partager ce but devant autant de monde", avoue Aubin Le Boulch.
Légende: En réussissant un tir lobé du milieu de terrain, Aubin Le Boulch, 20 ans, a marqué le plus beau but de sa carrière devant 1.400 spectateurs, à Charles Pinson pour ce 4ème tour de la coupe de France des DC Carhaix face à Vannes OC.
Comme tout match de football, à Carhaix, un samedi soir, il y'avait la foule des grands soirs. Et ce but spectaculaire et très utile, au moment où il a été marqué, a aussi assuré, ce samedi soir, la transition entre un match de football et un match de coupe. Avant, ça n'était pas pareil avec une balle du 0-2 du VOC à la 21ème minute, après, ça n'a plus été pareil avec une deuxième mi-temps trépidente et accrocheuse.
" C'est des trucs qui reste à vie. Ce sont des émotions qu'on gardera toute notre vie. Je n'ai que 20 ans, et j'ai déjà joué des gros matchs en coupe de France. L'an dernier, on joue Plouvorn, qui était aussi un match de fous, même si nous ne passons pas. Cette année, j'égalise sur le 1-1 face à Vannes, tu es heureux d'aider l'équipe, de marquer un but devant autant de monde, ce n'est que du Kif. J'avais toute ma famille au match, même ma tante de Saint-Brieuc, qui avait fait le déplacement exprès sur ce match. Ils sont tous venus, mes parents me suivent tous les week-ends, mon père, Damien, a joué aux DC Carhaix avec Pascal Razer en entraîneur. Il est déchaîné à chaque fois", précise Aubin Le Boulch.
Face à toute sa famille, à 20 ans, ayant déjà vécu de sacrés matchs, que 99,999% des footballeurs amateurs ne vivront jamais dans leur carrière, il y'a ce côté privilégié. Ces émotions dépassent le simple cadre d'un math et resteront ancrés à vie.
" On donne tout sur ce genre de match. A la fin, avant ma sortie, je crampais depuis quelques minutes. J'ai une balle de 2-1, j'hésite entre la donner et y aller, j'ai tenté l'accélération et j'ai su à ce moment, que j'étais cuit. J'ai demandé le changement parce que j'en pouvais plus et je ne pouvais plus aider l'équipe. Il y'avait des joueurs sur le banc qui n'attendaient que ça, de rentrer et d'apporter. Carhaix, la coupe de France, c'est magique dans notre saison. On peut taper une R2, une R1, un samedi soir, on n'a pas peur. Nous sommes chez nous. La rencontre qu'on sort, on n'a aucun regret. Le pénalty, je le vois comme un coup de billard, qui tape sur la main de notre joueur. L'arbitre siffle et notre gardien touche le pénalty"

Après avoir aperçu un 7ème tour de la coupe de France en 2025-2026 face à Plouvorn, Carhaix s'est dit qu'il pouvait faire les gros titres de ce 4ème tour en Bretagne, en faisant trépasser une N2. Le coup passa si près, mais il y'avait aussi cette fierté de s'être surpassé dans ce type de match inclassable.
" Ca fait deux fois qu'on se fait coiffer dans les arrêts de jeu. On fait le match qu'il faut. On n'a pas compris pourquoi nous sommes à 9 sur le terrain quand nos deux joueurs sortent du terrain. On a un jouerur qui est aux crampes sur le terrain, il se relève, il ne peut pas courir pour sortir. Une National 2, c'est gros, mais elle était à notre portée au final. On se fait dominer tout le match, on subit deux poteaux, mais on peut aussi leur mettre le 2ème. Nous ne savons pas fermer le jeu, même si on affronte une National 1, on ne calculera pas. C'est notre ADN, repartir propre de derrière pour s'ouvrir l'espace. Dès fois, on se fait prendre à notre propre jeu, mais on ne le renie pas. Nous jouons au football pour proposer le meilleur jeu possible sur le terrain"

Natif de Rostrenen, mais rattaché à Carhaix dès ses 13 ans, avec un père, Damien qui avait aussi passé la frontière Côtes d'Armor - Finistère, cette deuxième génération des Le Boulch aux DC Carhaix perpétue la tradition d'une vie en rouge et noire. L'atmosphère est la même, Carhaix vit toujours à la même heure déchaîné du samedi soir, pour les grands évènements, prétexte à rassembler toute une ville, à cette même messe nocturne.
" Carhaix, c'est mon club. Je suis originaire de Rostrenen, j'ai commencé là-bas, en jeunes. Je suis arrivé aux DC Carhaix en U13, avec la génération des Tarik ( Ait El Maati), Sonny ( Le Puilh). On est monté tous ensemble. Carhaix signifie la ferveur. Je pense à tous les bénévoles qui étaient là depuis ce matin pour bien préparer le match, depuis vendrdi matin, même pour tout préparer pour nous. Tu ne vois pas ça dans d'autres clubs. Les infrastructures, ce stade, les coachs, les bénévoles, tout est cadré. C'est une ville qui vit pour le foot. Il y'a une grosse partie de la population qui était au match, ce soir. Carhaix, c'est le foot. Un match, le samedi soir, à Charles Pinson, on avait la boule au ventre depuis une semaine, on n'attendait que le coup d'envoi. Tu es dans le tunnel d'accès à la pelouse, tu entends le Bagad, arriver d'en-bas, ca nous prend les tripes. On monte tellement haut en coupe, qu'il est dur après de se remettre de suite dans le championnat. L'an dernier, entre notre 3ème face à la Stella Maris et le 6ème tour contre Plouvorn, on n'arrive pas à faire de bons résultats en championnat"

La fée Coupe de France est maintenant partie vers d'autres cieux, elle ne reviendra que l'an prochain, et comme le Père Noël, elle sera attendue avec les mêmes yeux d'enfant par les joueurs et le staff. En attendant, les DC Carhaix devront résoudre cette équation locale, comment maintenant transformer ces matchs à égal face à des R1 ou N2, et les mettre en adéquation face à des R3 de leur championnat, ça sera le challenge de leur saison de trouver une régularité et une motivation aussi fortes sur 20 matchs et non plus sur 1 ou 2, appartenant à une catégorie à part, où Carhaix sait qu'il répondra toujours présent.
" On n'a pas peur, on nous envoie une R1 ou une N2, on est 16 "chiens" sur le terrain qui allons faire notre maximum. Des joueurs plus âges, comme Jules ( Poher) ou Dylan ( Le Doucen), ils ont tous l'ADN et ils nous le transmettent. On le récupère et dans quelques années, ça sera notre tour de le transmettre à la prochaine génération. Carhaix, c'est mythique! On le voit bien, tout le monde qui vient au stade, c'est parce qu'ils savent au fond d'eux que quelque chose est possible autrement, ils resteraient à la maison. Même les jeunes, les U17, ils formaient le Kop, ce soir, et ils ont tout donné. C'est tout un club qui travaille pour ça, c'est beau. Comme nous dit Jimmy ( Lesniewski), notre coach, ce moment, on ne l'aura pas tous le temps, on ne fera pas un 4ème ou un 6ème tour à chaque édition, mais dès qu'on a ce moment, on se donne les moyens de les avoir tout le temps. C'est simple, dès qu'on arrive au premier entraînement de la saison, notre première pensée , c'est la coupe de France. Après, ça nous joue des tours en championnat, on peut gagner nos deux premiers matchs, encore plus face à Saint-Thégonnec. Mais personne dans l'équipe n'avait envie de rater Vannes", conclut Aubin Le Boulch.

