Le 19/11/2021

L'esprit Trail a plané sur Plogastel Saint-Germain

Exit la piste et le cross-country ! Du moins, la course à pied ne se résume-t-elle plus à ces deux disciplines. La nouvelle spécialité en vogue ? Le trail. Ils étaient encore plus de 600, dimanche dernier, à Plogastel Saint-Germain. Comment résumer la discipline ? Non contents de courir (comme si ce n'était pas assez difficile! ), les adeptes de la course nature empruntent sentiers côtiers et montagneux. Ils chérissent les dénivelés, adorent les franchissements de ruisseau et les bains de boue et ne reculent devant aucun obstacle. Vous avez pensé à Koh Lanta ? Moi aussi mais rien à voir ou presque !  Mais qu'est-ce qui peut bien motiver et animer nos traileurs ? On a mené l'enquête.

Légende: La famille Autexier, Chrystelle, Killian, et Erwan, représente parfaitement l'esprit du trail. Crédit photo: DR

On a d'abord posé la question à Jean-Paul Le Gall, recordman de Bretagne du marathon (2 h 18, respect !), fringant septuagénaire, préposé avec le Club Athlétique Bigouden à la préparation de l'événement. "C'est plus ludique que le cross ou la piste!", a t-il glissé dans un haussement d'épaules (légèrement) réprobateur sous l'oeil amusé de ses deux compères , Corentin Peoch l'organisateur en chef de la montée du Phare d'Eckmuhl et Pierre Lharidon, l'inoxydable secrétaire du Quimper Athlé.

"La montée du Menez Hom et la course de Brasparts, c'était déjà du trail mais de notre temps ça n'intéressait pas grand monde", a ajouté le choeur des 3 Anciens. C'est pas ces trois là qui auraient inspiré Lupano dans la BD Les Vieux Fourneaux ? Blague à part, je les adore nos trois anciens, trois monstres de tendresse. Mais pour eux, la seule vérité en course à pied, c'est le chrono... Et pour dire les choses clairement,  le niveau serait moindre en trail.

Curieusement, Thomas Le Lons, le Plomelinois, victorieux du trail 22 kilomètres à Plogastel (1 h 33) abonde dans leur sens. "Pour être honnête, sur piste ou en cross, je n'obtiendrais pas les mêmes résultats. Moi, il me faut 40 ou 50 bornes d'échauffement avant de donner mon plein rendement." Jules Rannou, le gars d'Edern vainqueur du 12 bornes ne dit pas le contraire. "En cross, le niveau est bien plus élevé. Rien à voir du point de vue cardio ! En trail, tu pars à ton rythme."

Attention ! Le trail, ce n'est pas non plus toujours une partie de plaisir. Thomas Le Lons encore : "J'ai le souvenir du trail Verbier Saint-Bernard en Suisse (110 bornes). J'ai fini balayé, j'étais déshydraté au bout de 50 kilomètres... Il en restait 60. J'ai fini dans le fourgon sous la couette." Et que diraient les adeptes de la Diagonale des Fous sujets à des hallucinations au bout de 30 heures de course ? Le trail, c'est aussi la souffrance et le dépassement de soi...

Mais alors, d'où vient le plaisir ? Et comment expliquer les sourires affichés par nombre de participants à l'arrivée ? La Quimpéroise Carole Chiquet qui vient de couper la ligne du 22 kilomètres arbore justement un large sourire et nous donne un premier élément de réponse. "Le trail, c'est une petite famille. Tout le monde se connaît. Il y a une cohésion entre les gens. On ne cherche pas absolument le chrono." Dans la grande famille des traileurs, j'ai alors demandé Stéphanie et Benoît venus se tester sur 5 kilomètres avec leurs enfants Clément (1600 mètres) et Léa (400 mètres pour la petite). "On aime l'état d'esprit sympa et la course dans un cadre naturel et varié."

Dans la famille des traileurs, j'ai encore demandé la famille Autexier venue de Saint-Albin : Erwan, Chrystelle et Killian ("Killian avec deux l", m'a martelé le gamin). "On revient tous les ans à Plogastel. Le trail, c'est l'aventure et la découverte."

Le cadre naturel, c'est encore Thomas Le Lons, l'ex-footeux reconverti (on en croise un certain nombre) qui en parle le mieux. "Ce que j'aime par dessus tout, c'est partir à la fraîche quand le soleil perce à peine ou la nuit avec une frontale. Aucun plaisir comparable sur route. Il faut dire qu'en dehors de la course, j'adore le contact avec la nature. Je suis fan de photo. J'adore capter la lumière." Un pur moment de poésie et on imagine volontiers que le Plomelinois qui court les écouteurs scotchés aux oreilles colle sa foulée au rythme des 4 saisons de Vivaldi. "Pas du tout, j'écoute du rap de cité. Je suis un bandit quand je cours", confie le garçon dans un éclat de rire. Carole Chiquet elle, avoue se taper la discute avec des copines qu'elle n'a pas croisées depuis longtemps. Bref, dans le trail, y a d'la joie et même de la joie communicative. Quelque chose de précieux, non ?

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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