Le 06/05/2022

Patrick Martet, retour sur l'ensemble de sa carrière

La surface de réparation était son repaire, son périmètre de respiration. En sous-marin, dans les autres zones de jeu, il sortait le périscope dès qu'un ballon était en approche dans son aire préféré. Acérant ses griffes, à la détente verticale impressionnante, cet aigle des surfaces télécommandait les centres, les bonifiait grâce à un jeu de tête phénoménal. Attaquant de surface, Patrick Martet renvoie au football des années 70/80, qui fleure bon la D2. Alors que cette division n'est qu'une zone de transit pour les joueurs actuels, Patrick Martet s'est inscrit avec le temps dans cette deuxième division nationale ( 34 équipes à l'époque, partagées en deux poules, Nord et Sud). Installé à Quimper, depuis la fin de sa carrière, ce natif de Boulogne-Billancourt conserve une mémoire intacte de tous ses buts et de son parcours. Toujours deuxième buteur français en D2, avec 163 buts, derière Jean-Pierre Orts (178 buts), il avait le don pour pousser le ballon dans les filets. Retour sur une carrière riche, témoin de ce football français des années 70/80, en pleine mutation.

Légende: Au Korrigan, restaurant sur Quimper, vendredi dernier, l'ambiance était à la fête, pour l'anniversaire de Patrick Martet, un moment pour revenir sur tout son parcours de footballeur professionnel dans les années 80.

Fêtant ses 67 ans, vendredi dernier, Patrick Martet est de la même classe d'âge que Michel Platini, Dominique Rocheteau, Maxime Bossis. Service militaire oblige, les meilleurs footballeurs de l'époque était rassemblé dans un bataillon militaire spécial, celui de Joinville. " J'ai été sélectionné en équipe de France militaire et espoir. Pendant un an, en 1975, je côtoyais du matin au soir, Michel Platini, Olivier Rouyer, Omar Sahnoun, Les frères Rampillon, Gilles et Patrick, Maxime Bossis. Je jouais titulaire en avant-centre, mon remplaçant, c'était Eric Pécout, qui avait marqué un triplé avec le FC Nantes, en finale de coupe de France face à l'AJ Auxerre (4-1, ap, 1979/1980)", se rappelle Patrick Martet.

A une époque, où les centres de formation étaient encore en gestation, il franchit les étapes dans son club de l'ACBB ( Boulogne-Billancourt) avant d'être courtisé par Poissy. Cinq ans dans ce club, conclu sur une montée en D2, en 1976/1977, avant que le Finistère ne lui envoie un premier appel. Un dénommé René Charlot du Brest Armorique (D2) prend contact avec le buteur francilien.

" J'étais en contact avec plusieurs clubs, dont le Paris FC. J'avais un contrat promotionnel quand j'arrive au Stade Brestois. Brest fait signer trois joueurs, Daniel Bernard dans les buts du Paris Saint-Germain ( " C'est lui qui m'a donné le tuyau face à un gardien, feinte de frappe pour le sortir de ses appuis, et la glisser vite sur son côté ouvert, j'ai marqué plein des buts de cette façon), un Néerlandais, Willem Letemahulu et moi de Poissy. Je tombe dans un club familial. Notre préparation, on l'a fait dans le camping détenu par la famille Charlot, à Pen Trez, à Saint-Nic. En famille, on passe des bons moments, on se crée une ambiance. Nos ne perdons pas un match en préparation, PSG 1-1, Guingamp, 6-0, on bat Angers. On arrive super confiant au premier match, à Penvillers, à Quimper. On ne comprend pas, on prend un doublé de Jacky Castellan, avant de revenir à 2-1, avant la mi-temps. On finit à 2-2, on perd ensuite contre Mulhouse, à Le Blé, et on gagne sur un pénalty à Guingamp. Ensuite, cette victoire nous lance, on réussit 16 matchs de suite sans défaite. Cette saison 1978/1979, on était au-dessus, notre déclic, notre victoire à Rennes devant 20.000 spectateurs. On gagne à Lens (2ème), 1-3 avec un doublé de Loulou Floch. Le retour, à Brest, le jour de mon anniversaire, le 29 avril. Extraordinaire, on avait garé notre voiture, au lycée Foucault, le matin. On redescend en mini-bus la ville pour manger, en bas de la rue de Siam chez Jean-Louis Vialle aux Antilles. Quand on remonte, ce dimanche après-midi, c'était noir de monde. On ne peut plus passer avec notre mini-bus, la rue Jean Jaurès. On remplit le stade avec 20.000 personnes ( c'est énorme!). S'il y'avait eu la même tribune centrale, on faisait 25.000 personnes. Les gens montaient sur les pylones. On remporte le match de la montée 3-1".

Servi par Loulou Floch ou Willem Letemahulu, Patrick Martet se régale pour sa première année brestoise, et marque 26 buts ( le record tiendra près de 40 ans dans les tablettes du cub, avant que Gaétan Charbonnier ne réussisse à le dépasser avec 27 buts) " Il a joué quatre matchs de plus. Ca m'a fait "chier" quand il l'a battu, même si un record est fait pour être battu", rigole Patrick Martet. Même battu par Gueugnon, pour le titre de champion de France de D2 ( 1-2, 0-1 avec un retour à Quimper), la fête est complète. Avec 26 buts, à 23 ans, Patrick Martet s'est fait un nom dans le football français et le téléphone sonne logiquement. " Deux fois, du côté de la principauté". " J'ai été contacté deux fois par Jean-Louis Camporra, le président de l'AS Monaco. J'ai été barré par le Stade Brestois. Il demandait à l'époque 800.000 francs pour me libérer, alors que je n'avais signé qu'un contrat promotionnel, libre d'engagement"

L'apprentissage de la D1 se fait dans la douleur pour le Stade Brestois 29. Dernier au classement, avec le plus faible total de points de l'histoire, Brest et Patrick Martet vivent une saison compliquée. " En cours de saison, je me fais tacler sévèrement par derrière. Sur un match avec l'équipe réserve, à Saint-Brieuc, en D3, Alain De Martigny, notre coach, m'avait dit, si tu es bon à Saint-Brieuc, je te remets dans le groupe de la A. Ca lâche. Je fais ma rééducation à Tréboul avec Delio Onnis ( le buteur argentin, meilleur buteur de l'histoire de l'AS Monaco) ou Daniel Zorzetto, que je retrouverai après à Rouen).

Restant une année de plus au Brest Armorique, le club remontera directement en D1 avec le seul titre de son histoire en senior, champion de France D2 1980/1981, par une victoire sur Montpellier. Patrick Martet compile 19 buts, une nouvelle saison réussie mais une cassure irrémédiable avec le club brestois. " On me l'a fait à l'envers. Mon contrat de renouvellement a traîné. Alors que j'attendais une réponse qui n'arrivait pas depuis février, en juin, j'apprends avec De Martigny ( l'entraîneur de Brest), sur un banal footing dans un bois de Brest, que j'aurai des contacts de club pour l'année prochaine. Il ne m'a même pas dit franchement les choses en face que je n'étais pas gardé. Après, j'apprends que par derrière, il avait signé un " Yougo", Milan Radovic, pour 2.000.000 francs, alors qu'ils avaient refusé que je parte pour 800.000 à Monaco. Je me souviens que c'était avant le match de Montpellier pour le titre de champion de D2. Le match se joue à Sète, je suis dans l'équipe ( " Il ne pouvait pas me sortir"), et j'en mets deux (1-3)".

Restant à ce niveau de D2, Patrick Martet, sur l'insistance du président, Jean-Pierre Hureau, signe au Havre AC. " Je joue un France - Angleterre, en Mars de cette année, au Havre. Je marque le seul but de la tête. Jean-Pierre Hureau a voulu me signer de suite après. Trois saisons superbes, notamment avec Léonce Lavagne et Didier Notheaux. On a failli monter. A cette époque, j'étais en instance de séparation, ma femme était Brestoise. Je reviens dans le Finistère, pour mon fils, Anthony, et mon couple, car je ne voulais être séparé des miens. Je signe deux ans au Stade Quimpérois en 1984/1986, deux saisons moyennes, avec des blessures, mais c'est à Quimper, où j'ai le plus appris pour ma vie professionnelle future, en rencontrant des bonnes personnes. J'ai commencé à investir dans l'immobilier, c'est un domaine qui m'a toujours attiré. La différence entre Brest et Quimper, en football? Brest, on sent une passion, un engouement immédiat, Quimper, c'est autre chose, c'est un peu le Club Med, les bâteaux, le soleil. L'ambiance est totalement différente, mais je suis resté faire ma vie à Quimper. Julie, ma fille, est née dans le Finistère, à Brest".

Alors que tout semblait bouclé avec l'EA Guingamp ( un triplé en match amical, victoire 7-0, quadruplé de Szarmach), le club costarmoricain, dirigé par Noël Le Graët ne donne pas suite. Arrivé à Beauvais, avec une 5ème place finale en D2, un détour par Rouen, avec un deuxième titre de meilleur buteur de D2 en 87/88 avec à nouveau 26 buts ( come sa première saison à Brest, à 31 ans), avec Bruno Metsu, Daniel Zorzetto, entraîné par Arnaud Dos Santos. Avant de retourner au Havre AC et à Beauvais. Encore une fois, le Finistère marquera son dernier arrêt sportif, le département qui l'a révélé à Brest en 1978 et celui qui a lui a permis de boucler sa carrière au Stade Quimpérois ( premier match, son retour, contre le FC Lorient, leader en D3, premier ballon, but) poussant jusqu'en promotion d'honneur en 1995/1996, à 40 ans. 

" Le football m'a permis de réaliser mon rêve d'enfant. Une carrière, dépend de certaines personnes qui prennent des décisions. Par exemple, mon exemple avec l'AS Monaco, peut-être que j'aurai pû aller plus haut ensuite jusqu'en équipe de France, des joueurs avec qui j'avais fait des sélections en jeunes ou militaires. Si j'ai un regret, celui de ne pas avoir joué en Angleterre, j'avais le style pour ce championnat. Je me serai éclaté là-bas. Mon style de jeu, aujourd'hui, si je devais citer un attaquant qui me ressemble, ça serait Olivier Giroud, c'est le seul attaquant où je perçois des ressemblances. Le football d'avant, il y'avait sans doute moins de barrières. Quand on monte avec Brest en D1, on sortait après les rencontres. On allait tous en boîte de nuit, à la Clé des Champs à Plougastel".

Dans ce football aux frontières du professionnalisme actuel, Patrick Martet représentait dans les années 80, le buteur, avec une présence constante dans la surface. Joueur-type de D2, comme les Franck Priou, Jean-Pierre Orts, Philippe Prieur, Dominique Corroyer, qui ont symbolisé aussi ses attaquants à la longévité importante en D2, ce n'est pas un hasard si les deux meilleurs buteurs de cette division ( Ligue 2) appartiennent encore à cette époque avec Jean-Pierre Orts et Patrick Martet. 

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