Le 21/04/2022

Gilles Lidurin, l'Ultra-trailer qui ne se prend pas la tête

103 kilomètres, un dénivelé positif de 2300 mètres et un avertissement de l'organisateur en chef Philippe Ehouarne qui fait froid dans le dos :  "Ne sous-estimez pas notre parcours . Il sera usant et fera payer cher les départs trop rapides ou les erreurs d'alimentation. " Le trail en question, c'est celui  qui relie Le Poul Fétan à Quistinic (56) au port de Doëlan à Clohars-Carnoët. Un ''joli'' parcours qu'emprunteront les quelque 273 ultra-traileurs inscrits sur une course qui sert ce week-end de support aux championnats de Bretagne de trail.
 

Légende: A l'approche du championnat de Bretagne de trail, se terminant, dans le magnifique cadre de Doelan, à Clohars-Carnoët, le Quimpérois, Gilles Liduren, explique son rapport à l'Ultra-Trail, avec des motivations liant la simplicité et le dépassement. Crédit photo: DR

Parmi les intrépides, les impavides, les indestructibles concurrents, le Quimpérois Gilles Lidurin. Si le gaillard de 52 ans ne cultive d'autre ambition que de terminer (ce qui constitue déjà un authentique exploit), il ne part pas non plus dans l'inconnu.  On peut même dire que le 100 bornes, c'est une distance qu'il apprivoise. C'est que le traileur finistérien a usé ses baskets sur Le Grand Raid des Pyrénées, l'Ultra-trail du Mont Blanc,Les Templiers,  l'ultra-tour du Haut-Giffre (85 bornes), le trail Vulcain (80 bornes), le trail Glazig (60) ou encore le trail du bout du Monde (57 kms). "Cela fait précisément 13 ans que je pratique le trail mais j'avais précédemment touché à la course à pied. A l'origine, je suis footeux et à l'intersaison, je participais aux semi-marathons du Challenge de Cornouaille pour m'entretenir. De là, je suis venu au marathon. Mon premier marathon (Brest) remonte à mes 22 ans. J'ai toujours couru en fait"

Comment  prépare-t-on un trail de 103 kms ? C'est la question qui me turlupinait. Je n'ai pas été déçu par la réponse de l'ancien footballeur d'Ergué-Armel. "Je ne m'entraîne évidemment jamais sur de telles distances. Entre deux ultra-trails, je dirai même que je ne cours pas beaucoup. Je récupère, ce qui ne veut pas dire que je ne fais rien. Je pratique  surtout du vélo pour le fond, du kick-boxing pour le cardio. Je ne veux surtout pas suivre les plannings des magazines de trail spécialisés. Je m'entraîne au feeling. Je privilégie le plaisir."

Une approche de la discipline qui semble porter ses fruits puisque ce membre de l'AL Quimper Kick-Boxing ("un super club qui m'a accueilli à bras ouverts")n'a quasiment jamais abandonné. "Une fois seulement à l'Ultra Trail du Mont Blanc, par manque d'expérience. Mais depuis j'ai beaucoup appris et je peux même dire que dans cette discipline,  je suis plus performant à 50 ans que je ne l'étais à 40. On apprend avec la maturité à se gérer physiquement."

Se gérer physiquement... Une nécessité quand on pense que dimanche sur le Bretagne Ultra Trail, Gilles partira à 5 heures du matin pour boucler le parcours du côté de 21 heures, soit 16 heures de course. "Sur le circuit, on regarde son chrono, on pense à ses douleurs, on essaie de les oublier, on apprécie la nature. Quelquefois aussi, on se dit que ce sera la dernière fois qu'on s'y colle... On pense aussi à s'alimenter, on n'oublie ni l'eau plate dans la gourde, ni les boissons énergisantes. On n'omet surtout pas non plus les aliments solides, les barres énergisantes. Et au ravitaillement, c'est l'apport en protéines : fromage et saucisson."

Pour boucler les 100 bornes, on imagine qu' en aval, une stricte hygiène de vie est nécessaire... "Evidemment, on fait attention, on ne boit pas d'alcool tous les jours, on fait gaffe à ne pas prendre de poids  mais on sait aussi se faire plaisir."
Pour le reste, Gilles Lidurin ne se prend pas la tête. Le matériel ? "Je cours toujours avec les mêmes vêtements et pour les chaussures j'utilise deux paires par an. " La préparation mentale ? "Ce n'est pas trop mon truc. Il faut savoir redescendre sur terre. Ce n'est jamais que du sport. Il y a des choses plus graves dans la vie." En bref, le Quimpérois cultive la simplicité dans un milieu qui s'y prête bien.

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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