Le 19/04/2021

SOUVENIRS & NOSTALGIE. Zura Adjoëv. Ainsi parlait Zurathextra!

3 décembre 2013. Le philosophe Allemand, Friedrich Nietzsche (1844-1900) avait publié le premier recueil en 1883, Ainsi parlait Zarathoustra. Le FC Quimperlé sort en ce moment, sur toutes les bonnes pelouses de Bretagne, le tome II, ainsi parlait Zurathextra! Avec ses pieds, bien-sûr. Mais pas que... Chef d'orchestre du milieu de terrain, Zura Adjoëv, 25 ans, est une des principales courroies de transmission du jeu des Tangos. Géorgien aux pieds d'or, le gauche et le droit, qui manie avec la même réussite, il est un régal pour tout spectateur, amoureux du beau jeu car il a cette faculté de rendre simple les actions au demeurant compliquées. Une prouesse détenue seulement par quelques initiés du dieu Football.

Le Khatchaturian du FC Quimperlé, Zura Adjoëv, exécute à merveille ce ballet du milieu de terrain: sabrer les tentatives de transmission adverses pour faire danser ses coéquipiers par des passes dans des espaces libres d'audience. Crédit photo: René Riou.

La beauté du football est de partir d'une image blanche dans la tête à chaque match. D'espérer rien et de recevoir en retour énormément. Comme ce match amical à Trégunc, un samedi du mois d'Août. Banale rencontre de préparation, ambiance désintéressée sur les bords de la touche, qui a conduit à une extraordinaire découverte, le phénomène Zura Adjoëv. Inconnu au bataillon à l'entrée sur le terrain, sorti des rangs brillamment après 90 minutes de ballet au milieu de terrain, mon impatience footballistique avait touché ses limites. Vite calmée et refrénée par le coach du FC Quimperlé, Eric Gaillard. " Je préfère que tu n'en parles pas car il n'a pas encore signé au club. Ca sera fait dans les prochains jours".

La première image, que j'ai eu dans ma tête, ce 17 août, au stade annexe de la Pinède était celle du compositeur Arménien, Aram Khatchatourian, l'auteur de la fameuse danse du sabre car il battait la mesure à coup de saccades au milieu de terrain, brusques, incisives, et raffinées par un sens aiguisé de la passe. Un véritable soliste, confirmé par Eric Gaillard. " Zura n'a pas besoin de quelqu'un à ses côtés pour s'exprimer. Il peut le faire seul dans l'axe défensif".

Le Khatchaturian du FC Quimperlé

Avec du recul, ce parallèle avec Aram Khatchaturian, ressort encore plus fortement aujourd'hui car mon ignorance sur le fait que Zura Adjoev était Géorgien, natif de Tbilissi en 1988, était totale tout comme sans une recherche sur wikipédia, que Tbilissi était aussi la ville de naissance du compositeur Arménien, le 6 juin 1903, pil-poil la date de naissance de mon père. Père que Zura a lui perdu très jeune. " Je n'ai pas eu une vie facile. J'ai grandi sans mon père, qui est mort dans de tristes circonstances, à mon adolescence. Si je suis là, aujourd'hui, c'est grâce à ma famille et mon mental car je n'ai jamais lâché l'affaire. Avec ma mère, Natela, ma grand-mère, Sabre (toujours cette référence innocente à la danse du sabre de Khatchaturian) et mon petit-frère, Zaza, nous nous sommes installés en France, à Pontivy quand j'avais 13 ans". Avant d'être désarmant dans sa sincérité. " Dans la vie, il y'a deux chemins: le bon et le mauvais. Si je n'avais pas eu ma famille, la religion et le football, j'aurais viré du mauvais côté dans la drogue ou l'alcool. Je n'ai jamais fumé, ni bu une goutte. Le football est ma vie. Si je ne l'ai plus, je ne respire plus. Il me pousse naturellement à aller vers mes partenaires, vers les gens. C'est fou le nombre de bonnes personnes rencontrées dans ce sport".

Capitaine du Dynamo de Tbilissi, la meilleure équipe Géorgienne, double champion d'URSS en 1964 et 1978, Zura Adjoëv a de suite attiré l'attention des recruteurs du club par son toucher de balle si spécial. Dès ses 9 ans, un recruteur du Dynamo frappe à la porte du domicile familial. " J'ai signé un contrat à mes 9 ans pour le Dynamo Tbilissi. Il payait à mes parents, le taxi, 80 km par jour, la boisson et la nourriture. J'ai joué 4 ans, au Dynamo. Nous avions quatre matchs par semaine avec les entraînements. J'ai arrêté l'école à cet âge-là pour me consacrer qu'au football. Je n'avais que ça en tête, partout, tout le temps. Ma mère ne voulait pas entendre parler de football. Elle n'aimait pas ce sport, jusqu'à ce qu'elle voit des articles de journaux, à mon sujet, et l'armoire se remplir de coupes et de trophées".

Le gamin est doué, très doué même jusqu'à sa progression ne soit éclipsée par un déracinement total à Pontivy, en Bretagne. A ses 13 ans, Zura Adjoëv débarque dans un pays, sans en connaître ses us et coutumes, ni parler un mot de Français. L'intégration se fait toujours avec son meilleur ami, le ballon, qui ne le quitte pas. " J'ai rencontré des personnes extraordinaires avec le football. C'était, à cette époque, le seul moyen pour moi de parler, de m'exprimer. Je me suis construit à travers le ballon, au Stade Pontivyen (DH), La Montagnarde (CFA 2), Locminé (CFA 2), Ploërmel (DH) et Quimperlé (DSE). Je suis rentré à la Poste, grâce à une personne extraordinaire, qui a tout fait pour que j'ai cette chance. Avec le recul, je me dis que je ne suis pas trompé en signant à Quimperlé. J'ai déménagé de Pontivy à Plouay pour le football. Je compte le refaire prochainement sur Lorient. Nous avons un très bon groupe, humainement et sportivement. Avant de signer, j'ai observé deux semaines avant de donner ma réponse. Quand j'ai vu le sérieux des joueurs, à l'entraînement, et le coach, Eric Gaillard, qui est vraiment un excellent pédagogue. Il sait ce qu'il fait. Toutes ses séances sont préparées. On arrive sur le terrain et tout a été mis en place. C'est pro et en même temps, c'est très humain dans sa manière de coacher une équipe".

Une formidable aventure collective

Vignoc apparaît sur toutes les lèvres, à mesure que le sablier du 8ème tour s'écoule. Il arrivera à son terme, dimanche à 14h. Heure de départ d'une extraordinaire journée pour le club de Quimperlé, entièrement mobilisé pour la circonstance. 5 cars remplis, 700 personnes attendues, l'engouement est total. Ayant joué face à trois anciens clubs dans la compétition, le Stade Pontivyen, Ploërmel et La Montagne, Zura Adjoëv battra à nouveau la mesure du milieu de terrain, jachère d'ambition des 32ème de finale de la coupe de France. " Je n'ai jamais connu un tel engouement. J'en ai fait des clubs mais Quimperlé est unique. ll faut voir le nombre de personnes, qui nous suivent jusqu'à l'Original, notre café d'après-match. Ca vit football. Comme moi, dès le matin, quand je me réveille, je pense football. Ca va être une rencontre extraordinaire. On donnera tout. A la Montagne, ça pleurait, et courait dans tous les sens, à la fin du match. Nous avons le groupe, titulaire et remplaçant pour passer le 8ème tour. C'est un moment rare. Et comme tout instant rare, il est précieux. Peut-être qu'on sera à notre tour, le petit poucet en France de la compétition".

Ce compositeur hors-pair, architecte d'intérieur du jeu Quimperlois, présente une trajectoire peu commune. Comme beaucoup de cette équipe, qui se sont retrouvés tous au bon moment pour partager leur passion du football et l'exprimer à chaque match. " Quand on voit une équipe comme Quimperlé, il y'a beaucoup de plaisir. Nous sommes solides dans nos têtes car nous savons ce que nous devons faire sur le terrain pour gagner. Ce n'est pas un hasard si nous n'avons ps encore perdu un match de la saison. On fera tout pour que ça continue dimanche".

Relayeur des temps modernes, Zura Adjoëv et ses coéquipiers s'engouffrent avec envie dans un grand moment de leur vie de football amateur. Sans doute, le plus beau, si jamais l'aventure donne un nouveau chapitre de recueil, à écrire, pour les 32ème finale. Outre qu'un simple match, il est pour les deux équipes, Vignoc comme Quimperlé, un moment de joie extraordinaire, dans un stade rempli de 3.000 personnes, qui vibrera à l'unisson à chaque fait et geste de leurs protégés respectifs.

Christophe Marchand

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