Le 08/06/2022

Le trail de Moëlan dans tous ses états

Un trail vécu de l'intérieur, c'est un condensé d'émotions, des bonnes et des mauvaises. L'ascenseur émotionnel (comme on dit maintenant) fait le yo-yo. Tantôt, vous versez dans une douce euphorie, tantôt vous regrettez amèrement d'avoir relevé le défi... De l'extase à la rage,  nul n'est épargné et les spécialistes comme les néophytes sont tous soumis au même régime.  Sur un trail bien ancré dans le joli paysage sud-finistérien, celui de Moëlan-sur-Mer, je suis allé demander aux un(e)s et aux autres de me raconter le meilleur et le pire moment  vécu pendant le trail . Faut-il l'avouer, j'étais bien plus intéressé encore par le moment dur de l'aventure. Parce que c'est dans la souffrance qu'on se forge le caractère...

Légende: Paroles de traileurs recueillis à l'arrivée de la course de Moëlan/Mer

Dans la famille Cloarec ordinairement très portée sur le foot, la vie est un long fleuve tranquille et la bonne humeur règne sans partage. Et dimanche 29 mai sous le soleil de Moëlan, on s'était justement accordé en guise de sortie familiale, une champêtre parenthèse trail. La petite histoire dit que c'est Julien qui avait entraîné son frère Luc (le remuant attaquant châteaulinois) ; en tout cas,  papa et maman avaient fait le déplacement pour supporter les deux frangins.  Bref, dans cette exemplaire famille, on  ne connaît que de petits tracas, de tout petits tracas. Le moment le plus difficile ? C'est Luc qui a répondu pour Julien : "Quand il a fallu qu'il s'inscrive. Il ne maîtrise pas l'informatique." La réplique de Julien ne s'est pas faite attendre. "Au ravitaillement, il était indécis quand il a fallu choisir entre orange et banane."

Rassurez-vous : tout n'est pas toujours si rose au coeur du peloton : Un grand moment de solitude, c'est ce qu'a vécu Inès, la triathlète guidéloise victorieuse du trail courte distance. "Je m'étais fixée pour objectif d'accrocher un groupe de garçons avec lesquels j'aurais pu faire route mais je n'ai pas réussi à les suivre et je me suis retrouvée toute seule..." Et quand on se retrouve seul(e), le danger qui menace, c'est l'écart de conduite, je veux dire la fausse route... Perdu(e) dans les bois au milieu d'un peloton de 500 coureurs, ça arrive aux meilleurs. C'est curieusement une spécialiste de la course d'orientation, Ghyslaine Lereverend-Duvollet qui me l'a avoué. "Oui, il y a toujours cette peur (elle a même dit angoisse, je crois) de manquer une balise."

A Crozon il y a 15 jours, le vainqueur Jean-Marie Diverrez  s'est bien égaré dans la lande avant de retrouver le droit chemin. "Quand tu arrives à 15 kms/heure sur les balises, tu les vois moins bien", m'avait-il confié...
Pour David Duvollet (le conjoint de Ghyslaine, autre pro de l'orientation quelque peu désorienté sur la ligne d'arrivée), le passage de l'état d'euphorie à l'état d'amertume fut un peu plus douloureux. "Je suis originaire du Cap Sizun. Alors, j'étais vraiment dans mon élément sur le sentier côtier. C'est quand on est rentré dans les sous-bois que l'affaire s'est compliquée. J'ai été victime du jeu des lumières à travers les feuillages." Le résultat, David ? "Deux chutes dont un joli vol plané et pour finir, une sacrée crampe." Dans le genre douloureux, j'ai encore croisé Clément Offret, l'un des locaux de l'étape, auquel les organisateurs avaient réservé une drôle de surprise. "On a dû traverser un champ fraîchement coupé et je suis allergique aux graminées. L'horreur !"

Heureusement en trail,  le bonheur est aussi dans le pré. Pour Luc Cloarec, plutôt sur le bitume à vrai dire, et à l'arrivée. "C'est quand il a vu ses parents et qu'il a réalisé que c'était terminé, qu' il a mesuré son bonheur", rigole sa maman en embrassant du regard son rejeton. On a les petites satisfactions que l'on peut ! Pour Inès, la triathlète Guidéloise, c'est sur la ligne de départ que ça s'est joué. "Il y avait trois filles devant moi en première ligne. Quand je suis revenue sur elles et que je les ai dépassées, là j'ai eu un coup d'adrénaline." Idem ou presque pour Marine la Quimperloise. "L'objectif, c'était la nénette en rose devant moi. Quand le lacet de sa chaussure s'est défait, j'ai jubilé. Je suis revenu à sa hauteur mais j'ai eu la délicatesse de la laisser terminer juste devant moi", veut-elle nous faire croire.

Mais pour tous, en ce joli Mai, le bonheur relevait avant tout du tracé concocté par l'organisation et de la proximité de la mer. A plus forte raison pour Camille et Marion les deux Nantaises, amoureuses du Sud-Finistère. "Je crois bien que si j'ai ralenti à un moment, c'était pour admirer le paysage", confiait encore Wadeck, l'ex footballeur de Caudan. La mer toujours recommencée, Rachel, l'ex coureuse de l'ALCP (championne de France scolaire par équipe en 1992, me glisse Pierre Lharidon à l'oreille) en a également apprécié toutes les facettes. "Il y avait des points de vue sublimes..." Florence et Morgane, les deux filles de Redéné qui ne voulaient pas être interviewées ("On n'est pas des stars, nous!") ont aimé, elles, la quiétude de la rivière du Belon...
Et au final, personne n'a résisté à l'envie de se baigner. Dans un trou d'eau, un passage obligé sous un pont que l'on a beaucoup commenté à l'arrivée, une agréable surprise qui a ravi traileurs et traileuses. "Dans les Monts d'Arrée, il y avait un passage assez semblable mais l'eau y était bien plus froide. Ici, elle était à température idéale", s'extasiait Rachelle l'ex de l'ALCP. A l'entendre décrire ce poulic paradisiaque, je me suis plu à imaginer que j'irais volontiers y musarder.

Rubrique Carte Blanche à Marc Férec

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