Le 28/12/2022

Les années 90: le temps des fusions, entre regain et enclenchement d'un déclin

Les années 80 avaient été désignées comme les années bonheur, à juste titre dans le Pays Bigouden, celle 1990 en avaient aussi le goût, mais en arrière-bouche, le début d'un effritement commençait à se faire sentir. Comme monté trop haut, trop fort, ces années 90 sera la dernière décennie, très certainement, à déclencher des passions au-delà du rationnel, même si le Pays Bigouden sait toujours s'embraser, pour des évènements sportifs rassembleurs. Mais cette période est surtout la décennie des fusions, au Guilvinec, à Plonéour, à Pont l'Abbé, avec un dénominateur commun, se regrouper pour croître sportivement et fédérer large. Il reste des moments exceptionnels, des hommes exceptionnels, comme le président, Alain Furic, à l'ES TGV, ou des parcours exceptionnels, comme l'incroyable exploit du FC Pont l'Abbé face au Mans (D2) en 1991/1992, au 8ème tour de la coupe de France. A Penmarc'h, également, les Guy Palud, Franck Sévignon, Christophe Le Goff élimine le Stade Quimpérois de Raymond Kéruzoré, qui avait fait le spectacle à Penmarc'h, pour ... son ultime match à la tête du Stade Q, en 1995/1996. En omnisports, la première école de surf crée, à la Torche, en 1994, fondé par Ronan Chatain et Didier Tirilly.

Légende: Pour sa première année de fonctionnement, le FC Pont l'Abbé de Marc Herrera et Lucien Goadec réussit l'exploit de se qualifier face au Mans ( 3ème en D2), en 32ème finale de la coupe de France. Crédit photo: Eugène Le Droff, le Télégramme

Après deux décennies absolument folles, la Bigoudénie regroupe ses forces dans la partie Sud. Sur la même ligne de départ, Pont l'Abbé et Plonéour, séparé par la frontière du Canapé, converge vers la même solution. A Pont l'Abbé, tout comme à Penmarc'h au début des années 80 ( " Le club a mis 30 ans à éponger les dettes de ces années 1970, mais notre plus grande fierté est d'y être arrivé", souligne Jean-Pierre Le Brun, président des CSP de 1983 à 2022, la montée en puissance de l'US Pont l'Abbé, vers son rêve de gloire de la D3, a fait passer quelques nuits blanches au trésorier.

Les comptes sont clairement dans le rouge, et une fusion avec l'autre club, la JA Pont l'Abbé (D1) est le choix de la raison. " On l'a fait pour l'unité de la ville, nous n'avons pas pensé qu'à nous", explique Michel Le Cossec, ex-président de la JA et premier co-président du FC Pont l'Abbé, avec Marcel Cariou.

La chance sourit aux audacieux. Dès sa première année, la magie coupe de France va refaire six ans après sa réapparition, à Pont l'Abbé, avec un match gravé dans la roche bigoudène. Au 8ème tour, face à 2.000 spectateurs, le FC Pont l'Abbé (DH) défie Le Mans (D2). Les Bigoudens de Lucien Goadec et Marc Herrera veulent créer l'exploit face au MUC 72. Le plan est travaillé, dès le départ. Un 4-4-2, 4-4-3, 4-1-4-1, non rien de tout çà.

En confiance, sûr de son rapport de force ( Le Mans, version Christian Létard, jouera les barrages d'accession en cette fin de saison pour la D1), les Sarthois demandent en toute confiance aux dirigeants pont l'abbistes, l'adresse d'un bon restaurant avant le match. L'hôtel du Port de Gaby Struillou, à Léchiagat, sera le lieu désigné par les Pont l'Abbistes aux Manceaux. Le piège se referme, ce dimanche midi, loin des pâtes/crudités/viandes blanches recommandées avant pareil effort, les Manceaux veulent finalement profiter de l'air iodé bigouden et des spécialités locales.

Plateaux de fruits de mer, et mayonnaise à volonté pour les Sarthois, l'estomac bien lesté, le Mans UC arrive dans une poudrière, au stade municipal. Comme toujours dans les grands matchs, Jean-Paul Diougant est magistral au milieu de terrain, et devant, il y'a ce vieux fusil, natif d'Hennebont, ayant fait ses armes à l'US Montagnarde et au Stade Quimpérois en D3/D2, Didier Le Borgne, 36 ans. Piquant au premier poteau sur un centre de Lucien Goadec pour le premier but face à Jean-Marc Rodolphe, le portier du MUC et un sprint sur 20 mètres, résistant au retour d'Albert Falette sur le 2ème. Victoire 2-1, Pont l'Abbé est en 32ème finale de la coupe de France. 

Direction Penvillers, à Quimper, où toute la Bigoudénie s'était donnée rendez-vous, en février 1992. 6.500 personnes, presque la population de la ville, Pont l'Abbé donne le change à la meilleure équipe de l'histoire du Stade Malherbe de Caen (qui se qualifiera pour la coupe UEFA en fin de saison défiant les Espagnols de Saragosse, au 1er tour, à Venoix), Stéphane Paille, Xavier Gravelaine, Franck Dumas, Michel Rio, et l'excellent hollandais, Gorter. Les Pont l'Abbisites sont menés 0-1 à la mi-temps par Stéphane Paille, mais le tout jeune, Reynald Pellen, originaire de l'Ile-Tudy, du haut de ses 18 ans a eu la balle du 1-1 face à Philippe Montanier. Dans les arrêts de jeu, Bertrand Le Contellec encaisse le 2ème but par Xavier Gravelaine (0-2).

La fusion a du bon, et Plonéour s'y emploie également en 1991, entre les Rouge de l'US Plonéour et les Bleus de l'US Bigoudène pour former le Plonéour FC. Monté dans les années 70, en DRH ( 1973-1978) avec Christian Chever, avec les frères Riou, Roger et René, Jean-Claude Le Floch, Jean-Pierre Lagadic, l'USP est redescendu à échelon district, oscillant entre la D1 et la D2, tout comme l'USB. La fusion voulait amener ce plus, avec une installation durable en ligue. Fief des frères Le Bris, Régis, Bernard et Benoît, d'Eric Loussouarn, gardien de but du grand FC Nantes ( années 90), Plonéour regorge de bons joueurs. Certainement un des plus emblématiques localement fut Franck Sévignon, qui allait avec Christophe Le Goff, transfuge à l'orée des années 90, de l'US Pont l'Abbiste, allait former le duo d'attaquant le plus charismatique des années 90, dans le Sud-Finistère, aux Cormorans de Penmarc'h.

Les CS Penmarc'h tiennent le haut du pavé régional en DSR, avec dans leurs rangs, Jean-Philippe Viala, qui après avoir fait les beaux jours du Stade Quimpérois, au poste de latéral droit ( 4ème en D2, zone Nord, en 1987/1988), est revenu au bercail des Cormorans, Gaël Le Corre, un autre grand joueur au milieu de terrain ou Yann Le Brun, qui, sur ses collections été, automne ou hiver, même sur les terrains les plus boueux, ne quittaient jamais ses crampons moulés.

Comme ce 29 octobre 1995, où les CS Penmarc'h (DSR) fait face, en coupe de France, au Stade Quimpérois (D3). Exsangue financièrement, remis à flot provisoirement par un prêt accordé par .... la ligue de Bretagne, le Stade Quimpérois coule à Penmarc'h, donnant des scènes théâtrales, avec un " Kéru" vociférant et faisant les 100 pas sur la piste d'athlétisme, au grand dam du délégué.

Ca sera d'ailleurs son dernier match à la tête du Stade Quimpérois. A 1-1, Christophe Le Goff donne la victoire 2-1, à la 89ème minute, dans une ambiance indescriptible. Les Yohan Madec, Jean-René Guichaoua, Yann Raphalen dans les buts, Olivier Guiriec, Stéphane Spingler, ont terrassé l'ogre quimpérois de Marc Salaün, Stéphane Sergent, Victor Zéoula, Ronan Le Bohec, Pascal Laguillier.

Deux ans après, ce fut peut-être le crépuscule du football bigouden, le dernier grand moment, saison 1996/1997, avec dans le même groupe de DSR, l'ES TGV, le FC Pont l'Abbé et les Cormorans de Penmarc'h. Avec un mano à mano final pour la DH entre les Cormorans Penmarc'h et le FC Pont l'Abbé. Ayant la main depuis sa victoire, un samedi soir, face à 2.000 spectateurs, à l'entrée du printemps, avec un énorme Guy Palud, au milieu de terrain ( 0-3), les Cormorans Penmarc'h sont tout près de décrocher la DH.

Jouant dans le même temps, Pont l'Abbé, mené par Claude Le Bec, Anthony Perhirin, Stéphane Coïc remporte la victoire à Plouhinec, Penmarc'h est accroché 1-1 par le CEP Lorient, avec une égalisation en fin de match et la balle de match pour Christophe Le Goff, dans les arrêts de jeu. A Plouhinec, le téléphone retentit immédiatement au club-house, dès la fin du match, un espion pont l'abbiste présent au CEP Lorient, s'époumonne derrière l'écouteur " C'est fini, on est en DH". Cette saison 1996/1997 sera l'apogée, en même temps, celle d'un déclin amorcé pour le football bigouden car suite à cette montée aux forceps, le FC Pont l'Abbé ne tiendra que deux ans en division d'honneur et redescend en DSR, dès la saison 1998/1999. 

Comment ne pas parler également de l'ES TGV, crée en 1994, issu de la fusion entre le COLT ( Club olympique de Treffiagat Léchiagat) et les crabes de l'US Guilviniste? Déjà amorcé chez les jeunes en 1990, cette fusion va redonner un tonus immédiat aux deux clubs. En effet, car cette année-là, l'USG était maintenue de justesse en PH, et le COLT tombait en D1. Avec un personnage central, Alain Furic, le président éponyme du groupe Furic, rassemblant 450 salariés dans la marée, l'armement, le camping, et la pisciculture. Capitaine de l'équipe, Philippe Péron, directeur de la Cave du Moros, à Concarneau, s'y colle et appelle Alain Furic pour lui convier à la soirée de lancement du nouveau club, au printemps 1994.

" Péron, donnez-moi 8 jours pour y réfléchir", lui répond-il laconiquement en guise de première approche. Huit jours après, relance du capitaine, Alain Furic accepte de suivre les traces de son père, Jules, pour devenir le premier président de la fusion, en 1994, accompagné par Lili( Louis) Lucas et Raymond Vaillant.

Le TGV ( abréviation bien choisie de Treffiagat Léchigat, Guilvinec) portera bien son nom, accession en DHR, la première année, avec des sacrés joueurs, les Concarnois, Mickaël Laz ( pour beaucoup, le meilleur), Patrice Le Dréau, Philippe Péron, le portier, Miguel Le Gall ( marquant le but de l'égalisation, à Keristin, à la 95ème face à l'US Concarneau en coupe de France 1995/1996, victoire du TGV aux pénaltys), Stéphane Le Faou, Herman Le Cossec. 

Avec un entraîneur bigouden, Jean-Pierre Bosser (ex-joueur du Stade Brestois, Paris Saint-Germain ou OGC Nice), dont l'aura galvanisait ses joueurs, ou Denis Stéphan, qui après fait sa carrière en D2/D1 à Mulhouse, montant en première division, au côté d'un certain Abedi Pelé en 1988/1989, dans le fameux stade de l'Ill, et à Angoulème en D3, est revenu sur ses terres bigoudènes, au TGV et y laissa un grand souvenir, par ses fulgurences sur l'aile gauche. Monté à niveau DSR, le TGV jouera dans la même cour que ses glorieux voisins, FC Pont l'Abbé ou Penmarc'h.

Aussi en lien avec les prochains articles, comment ne pas revenir aussi sur le mondial pupilles 1996, à Penmarc'h? Car c'est tout de même historique avec l'équipe du FC Pont l'Abbé, qui au centre de Penmarc'h, est la première équipe du Sud-Finistère à passer en équipe club ( Quimper avait déjà atteint les demi-finales en 1993, mais en regroupement de tous les clubs quimpérois tout comme la sélection de Douarnenez, en 1997, 8ème finaliste, génération Florian Le Gouil), à  franchir les portes des 8ème finale.

26 ans après, l'exploit tient toujours. Mais cette génération 1984 regorge de pépites locales qui referont parler d'elles après, les Yoann Rivière ( professionnel à l'EA Guingamp, au Havre AC, à Dijon....), Mikaël Caoudal, Kévin Sévignon, Antoine Tincq, cette classe 1984/1985 se qualifie derrière l'Olympique Marseille et devant les Suisses de Lausanne. En souvenir, cette fameuse et légendaire rivalité bigoudène, avec un match au couteau gagné 0-1, dans les arrêts de jeu face à la sélection de Penmarc'h, qui avait certainement fait le match de son tournoi, dirigée par Claude Marblé, ex-joueur des Cormorans, dont le fils, Anthony, jouera de très nombreuses années, au FC Pont l'Abbé. Les jeunes lionceaux tomberont en 8ème finale, à Pluguffan, face à Aix en Provence.

Au tout début des années 90, en 1991/1992, Gourlizon Sports (DSR) réussit l'exploit de se qualifier pour le 7ème tour de la coupe de France, défiant Châteaubriant (CFA 2), dans un stade Bel Air, bondé à 1.300 spectateurs ( le double de la population locale). Et aussi cette saison 1997/1998, dont les pronostics convergent vers une relégation de Gourlizon, en PH, anticipant une fin de cycle. A l'inverse, c'est tout le contraire qui se passe, avec un duo d'attaquants, David Belbeoch et Gilles Allain, qui marcheront au super, en cette saison et remettra Gourlizon sur l'échelon DSR en fin de saison.

Côté omnisports, la première école de surf en Sud-Finistère voit le jour, à la Torche, la célèbre ESB, fondé par Ronan Chatain et Didier Tirilly, en 1994, qui près de 30 ans, sont toujours à la tête de cette institution locale. " Le surf a vraiment pris une dimension exponentielle au Pays Bigouden. Il y'a maintenant entre 2.500 à 3.000 pratiquants en clubs, réparti dans les 15 écoles de surf. C'est vraiment spécifique au Pays Bigouden, cette effervescence autour des sports de glisse", avoue Ronan Chatain.

Aussi à l'AL Plonéour, en tennis de table, Gérard Le Pape devient juge international en 1998, l'amenant queques années, en qualité de juge-arbitre sur des championnats du monde ou des jeux olympiques, et accède au grade le plus élevé de l'arbitrage mondial, en 2003. Sacré parcours, tout comme en tennis, l'Ile-Tudiste, Elodie Le Bescond qui arrive en finale de l'Orange Bowl, à Miami, au milieu des années 90, le plus gros tournoi jeunes, au monde, à cette époque. Ou encore Alexandra Le Henaff, formé au CCB ( Club cycliste bigouden) qui est sacrée championne de France sur route junior en cyclisme, en 1997.

En partenariat avec Leclerc Pont l'Abbé, le troisième volet de cette série de 50 années de sport dans le Pays Bigouden

A suivre, ce jeudi 29 décembre, la décennie 2000, le nivellement des valeurs et l'émergence Ploba

A relire:

Le premier volet sur les années 70
Le deuxième volet sur les années 80

Merci aux clubs et à Fanch Hemery pour les archives photos 

 

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